• l'oeil & la plume... Rosa

    texte de cathy Garcia                  installation Chiharu Shiota  The world is pink !

     

     

    La voix brode le silence d’une chanson triste. Elle parle d'amour consolateur et voilà l'histoire : Rosa pleure. Elle pleure et pleurera encore pendant des siècles et des siècles. Sa tristesse n’a ni fin, ni commencement, elle est née avec elle, telle une ombre, le négatif de la lumière.

     

    Toutes les Rosa pleurent et leurs larmes alimentent l'océan de toutes les peines. Toutes les Rosa pleurent à genoux, devant leurs fleurs piétinées, mais jamais elles ne désespèrent de ce jardinier, celui dont elles ont tant entendu parler : l'homme avec un petit "h" comme humilité,  deux « m » pour mieux aimer, grand cœur, belle âme, aux mains tendres et fertiles.

     

    Rosa depuis longtemps ne rêve plus, craint le silence quand il tombe comme un couperet pour dévoiler les chaînes. Tous les trousseaux de clés rouillées pour ouvrir des portes qui n'existent plus. Aujourd'hui pourtant, le silence est son refuge. C'est aussi son tombeau. Rosa pleure et des vagues amères la submergent. Son cœur souillé depuis trop longtemps sans fabriquer de perle.

     

    Un jardinier..., pense t’elle. Un jardinier pour tailler les branches mortes, afin que l'amour puisse enfin croître et s'épanouir. Rosa ne demande que ça : fleurir !

     

    La nuit passe. Un sursis. C’est le matin tout couvert de brumes. Rosa peut sentir la froidure jusqu'au fond de ses yeux. Elle reste cloîtrée dans la chambre des tortures, sa tour de silence. Elle a usé trop de mots déjà. Il n'y a plus rien à dire, seulement attendre. Attendre que le temps recouvre les plaies de doux tissus de mensonges.

     

    Rosa, écoute ! Un chant tout proche parle d’amour consolateur.

     

    Cg, 1998

     

     


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    l'oeil & la plume...  comme s'agitent les seaux  au plus profond d'un puits   (fragment)

    texte werner lambersy                                                                   ill. photo x

     

     

    Les hommes se dévoreront

    comme des insectes

     

    croiront

    dans l’ordre l’argent et dieu

     

    la nature

    indifférente suivra le ruban

    du piano mécanique

    du temps

     

    le silex de l’univers lancera

    ses étincelles froides

     


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  • texte de murièle modély                                                                 ill. miss-tic

     

    « Peut-être que maintenant vous êtes assez construite »

     

    je me répète en boucle la phrase du docteur

    mais sur le chemin du retour

    je trébuche sur une pierre, et

    en me relevant, je m’aperçois

    qu’il me manque une brique ou deux au niveau de l’épaule

    j’entends aussi rouler sur le trottoir un de mes boulons

    je suis assez construite, certes, mais je fais de drôles de bruits

    les murs grincent, craquent, les volets claquent

    je ne sais toujours pas si c’est le vent

    ou les esprits errants dans la maison

     

    *
     

    dans la rue nous sommes nombreux à balader nos fissures  
    ça coule en petits chhhh chhhh, ou en crrrr crrrr 
    des bruits qui grincent, qui craquent, qui claquent      
    qu'on ne prononce pas      
    alors on fait semblant, et   
    on laisse derrière soi des traînées crayeuses, des humeurs baveuses    
    on se fait des sourires, on dit bonjour 
    on fuit quand même



    *

    parfois on colmate     
    on fait un enfant ou deux, et      
    on utilise leurs rires ou leurs larmes comme plâtre       
    cela marche un temps, puis ils grandissent 
    ils s'en vont sur les chemins tracer leurs propres entailles    
    avec des pierres coupantes
    alors on reste un peu triste        
    sauf les dimanches   
    quand on se retrouve tous ensemble à table       
    à tenter de remplir à la cuillère ou d'une phrase  
    nos trous

     

     


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  • l'oeil & la plume....

    texte de cathy garcia        toile de florian heinke "no more friends just family"

     

    Bien plus tard. Une terrasse de café au bas de Cordes-sur-Ciel. Il fait bon, je suis bien. Vraiment. Trois mecs attablés à côté. L’un d’eux vient de sauver une guêpe tombée dans sa bière, puis il raconte comment il a sauvé un papillon d’une cuvette de toilette dans un bar près de Carcassonne. Le genre de personnage que j’aime. « Vendez-moi un idéal et je vous le paye en dollars ». Un philosophe de bar avec une tête de soufi. C’est bien. Ce soir, je retrouve ma fille, ma bébé d’amour… C’est terrible et probablement nécessaire de voir que je m’habitue à être séparée d’elle et je sais que j’ai besoin de ça. Il y a une vie après la maternité. Quant à l’amour, c’est bien ça qui me donne des ailes… Hier soir, pendant que les gens du stage dansaient sous la lune, moi je dessinais sur le sable de la plage, face à la mer avec cette lune pleine qui traçait sa route de cristal. Un immense bien-être, plénitude. Ces moments où chaque geste témoigne de la densité, quand être rime avec intensité, les mots sont incapables de rendre compte de la sensation pure. Tout juste sont-ils capables de tourner autour dans une tentative d’approche. Tout l’art tient dans cette tentative d’approcher l’essentiel. J’ai profité plus que pleinement de ces deux jours en bord de mer. Ma fille m’a fait ce cadeau là : apprendre à savourer chaque instant, savoir prendre ce qui est donné, tendre la main, ouvrir les yeux, les oreilles et le cœur. Ce qui peut sembler contraintes au premier abord, devient cadre d’expérience, le parchemin où s’inscrit une formidable leçon de vie.

     

    26 et 27 septembre 2004

    in Calepins voyageurs & après ?

     


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  • l'oeil & la plume... New York

    texte de harry r. wilkens                                       ill. courtesy norman j. olson

     

     

    Des gens pressés

    ne se souciant pas

    d'autre chose

    que de leur prochaine pisse.

    Des squares vides

    d'enfants,

    pleins de

    promeneurs de chiens

    vivant

    sur des indemnités.

    Les étrangers

    font marcher

    cette oisiveté,

    alors que

    tout est

    contrôlé

    par des requins,

    des vautours

    et des crocodiles

    derrière les vitres teintées

    de leurs

    limousines extensibles

    déambulant

    à travers les rues.

     

    (traduit par Walter Ruhlmann)

     


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