• l'oeil & la plume...  jours sombres

    texte de vincent                                             photo © reuters / Stephane Mahe

     

     

    Celle-là va bosser la boule au ventre

    celle-ci me dit,  on nous donne 2 masques par jour ça protège 8 heures, on fait des rotation de 12h, cette merde, ça parait impossible de pas l'attraper

    Une autre encore,
    nos masques ne sont pas conformes et dimanche des patients
    m'ont toussé dessus, lundi ils étaient tous positifs
    je n'ai plus le droit de sortir, de faire mes courses, de voir des gens mais je suis assez bonne pour aller travailler, moi tout ce que j'attends c'est de savoir comment mon organisme va réagir à cette merde.

    ok je relativise ma bière confiné dans le jardinet, je tremble pour mes ami(e)s au front
    et je dis au chien, tiens le coup mon frère, faut qu'on passe à travers qu'on survive
    et on ira nager dans les champs tout l'été

    gouvernements d'ordures, maintenant êtes-vous fiers de vos politiques devant le miroir ?
    le sang est sur vos mains
    les morts sur votre conscience
    mais elle aussi est morte

    y a des gens qui se battent et y a des gens qui vont mourir
    Jours sombres à venir

     

     

    plus de vincent

     


    votre commentaire
  • l'oeil & la plume... un autre de ses fils

    texte de bruno tomera                                                                         ill. jlmi

     

    je l’ai rencontré dans un caboulot rue Mercière à Lyon. 

    Un brasier rouge d’accent du sud,

    supporter clodo de l’OM, 

    on a parlé autour d’un picrate de tout et surtout de rien.

    Il était paumé, ça tombait bien, on avait du temps.

    On s’est retrouvé à Avignon quand les contrôleurs

    nous ont débarqué sur le quai, 

    même les flics n’ont pas effacé de ses yeux cette petite lueur ravivée.

    Lézards sous la chaleur des remparts, on matait les filles

    « wahoo t’as vu celle là» 

    « canon » 

    « j’te lui en ferais bien péter un coup »

    Rien que de l’humain désenchanté 

    quand tirer une crampe avec d’inaccessibles silhouettes 

    s’apparente à s’envoyer en l’air avec des cauchemars bien mûris.

    On a poussé à dix on ne sait trop comment 

    sauf que là des romanos nous ont braqué.

    Les pauvres volent que les pauvres, c’est plus facile.

    Aux coups de poing, ça allait, quand ils ont sorti les surins

    je leur ai filé la petite monnaie,

    la gueule éclatée, d’autres flics nous ont empaqueté

    puis on a débarqué à St Charles sans contrôle.

    Le soleil hurlait, la ville aussi, les morts marchaient,

    tout fonctionnait.

    Ses adresses sont bidons, on a bu fait la manche et rebu,

    il s’est mis à trembler, à déconner raide et pis il est tombé en râlant. 

    Y a fallu du temps avant que les marins pompiers

    l’embarquent dans leur sillage dantesque.

    M’ont rien demandé, ni son nom que je ne connaissais pas 

    ni ses vieux rêves déguenillés.

    La mer, là-bas il y avait l’Afrique une autre « Mère » qui

    se demandait comment elle avait pu engendrer une telle bande

    de ridicules anxieux, fabricants de la misère qui se goinfrait

    de famines, de sida, de guérillas et de contrées détruites.

    Une mère qui n’aurait jamais assez de larmes.

    J’ai cru poser un moment ma tête sur l’épaule de la Madone dorée.

    Il n’y avait pas de miséricorde, 

    il n’y avait rien que des corps qui fonçaient droit vers le néant. 

    Je lui avais ramené un de ses fils.

    J’avais pu qu’à aller me faire voir ailleurs.

     


    votre commentaire
  • l'oeil & la plume... interlude

    texte de cécile coulon                                    ill. jlmi2020 sur traits de pur rien

     

     

    Ce visage endormi que tes yeux éclaboussent
    de ce bleu si profond où la nuit
    je ramasse
    ce qu’il faut de trajets de tes lèvres
    à ma bouche
    pour pouvoir le matin s’arrêter
    se suspendre au bord
    du temps qui passe
    comme deux grands oiseaux
    alourdis par la pluie
    font sécher au soleil
    leurs plumes d’oreillers.

     

    in  Les Ronces, 2018

     

    pur rien

     


    votre commentaire
  •  

    l'oeil & la plume...   sous

    texte de cathy garcia                                                                   ill. jlmi 2020

     

    sous le soleil
    sous les néons
    sous les étoiles
    sous les ponts
    sous les cendres
    sous les larmes
    sous la lune figée
    sous le ciel cru
    sous les papiers
    sous la dentelle
    sous les sourires
    sous nos pieds
    sous nos balles
    sous les rasoirs
    sous les charniers
    sous le comptoir
    sous les billets
    sous les cartons
    sous les dossiers
    sous le sable
    sous la mer
    sous les bombes
    sous sous sous
    sous nos yeux

    l’indifférence

     


    votre commentaire
  • l'oeil & la plume... si j'...

    texte & ill. jlmi

     

     

    Il était assis sur un banc du boulevard Richard Lenoir. A deux pas de la bouche de métro. Plein hiver. Peut-être moins trois moins quatre déjà. Cette nuit, ça allait donner avec le vent qu’il y avait… Pour éviter ce courant d’air, ses jambes devaient être repliées sous le banc car on ne voyait que son pardessus noir col relevé et ses cheveux noirs bien peignés. Ses mains étaient sans doute planquées au fond de ses poches. D’entre les pointes du col, à intervalles réguliers, sortait un petit nuage de buée. A côté de lui, un grand sac plastique de la fnac tout bosselé de son contenu.

     

    Je l’ai vu vers dix huit heures en sortant du boulot. J’allais prendre mon métro. J’ai pensé qu’il fallait que son rencart se magne pour qu’ils aillent se mettre au chaud vite fait. Des images de couple en train de prendre un pot dans un bistrot du coin puis enlacé en train de batifoler dans un bon plumard m’ont même traversé l’esprit. Ça m’a fait sourire. Sourire dans cette foule affolée, chose rare qui a la certitude de passer inaperçue. Dans cette meute individualiste forcenée il est tacitement convenu une fois pour toute de faire la gueule. Ça évite les conversations qui feraient perdre un temps précieux (sic). C’est comme ça. Métro, dodo… enfin ça vous connaissez.

    Comme d’hab’, le métro était bondé, il a fallu pousser sec pour entrer. Cette odeur bordel ! Une journée de sueurs, de sécrétions organiques, de macérations de fond de calbutes et de pieds dans des chaussures en synthétique et, point d'orgue, d’haleines nauséabondes que la mastication forcenée d’un chewing gum n’arrive pas à masquer. Et puis c’est pas là-dedans qu’on risquerait de prendre froid…

    De ma soirée, il n’y a rien à dire. Rien que du classique.

     

     

    Enfin si vous voulez savoir, avant d’aller au pieu, j’avais mis ça sur le papier, un truc fondé sur des chansons que la radio serinait en permanence et le mec en lardos noir sur son banc et la fille qu’il attendait, enfin un kaléïdo-téléscopage en quelque sorte. Si j’vous l’montre c’est bien parce que c’est vous

     

    « Cette nuit avait été de si grande attente.

     

    Cette nuit là,

    je marchai seul le long des rues. Soudain,

    elle était apparue à la fenêtre de sa salle de bain...

    J’avais attendu longtemps planté là sous l’abri bus.

    Elle était sortie de chez elle,

    m’avait tendu sa main : « Viens... »

     

    Cette nuit là,

    son sexe commençait à sauner

    lorsqu’elle se redressa

    et me dit :

    « C’est fini.

    Tout est bien.

    Désolée,

    je n’irai pas plus loin.

    Pars.

    Maintenant. »

    Elle se rhabillait.

    J’ai demandé :

    « Pourquoi ? Dis, pourquoi ? »

    Elle quitta la chambre sans rien ajouter.

    Je restai assis sur le lit.

    Pétrifié. Stone.

    Le monde est stone…

    Sur Radio Aligre,

    Cat Power venait d’attaquer

    ‘’Love & Communication’’.

     

    Cette nuit là,

    je pensais encore à elle

    en descendant sa rue ;

    là, le court voyage de l’amour mort,

    après un bref passage par la tendresse ,

    atteignit, rancœur subtile

    l’indifférence de l’habitude.

    C’était bien...

    Dans mon baladeur-ascenseur

    sur un thème de Sam Barber,

    Accentus

    prenait chorus.

     

    Maintenant je vis sur la mort.

    Où que je regarde il n’y a personne

    Je suis toujours entouré d’un espace vide et blanc

    et je cherche des réponses

    aux lézardes des murs. »

     

    Après, je vous certifie que j’ai super dormi. Se vider la tête comme ça avant, ça évite toutes ces gymnastiques hypnagogiques vous savez, ces trucs qui vont, qui viennent, qui vous sur-veillent et qui vous empêchent de sombrer vite fait dans les bras de la belle Morphée ( Mort-Fée ? Oh ! pardon…)

    Quand je m’suis levé, j’ai regardé dehors : ‘’moins huit’’ m’a dit le thermomètre de la fenêtre. Wouh ! Ouh ! Faut se couvrir pour aller bosser j’ai pensé…

    Après ? Course contre la montre habituelle pour éviter d’être à la bourre. Mais ça vous connaissez par cœur, non ?

    Donc, RER C puis le métro. Toujours la même cohue mais le matin comme ça vous avez hummmm ! toutes les odeurs de tous les déo-choses ou gels-trucs de la création cosmétique dont la télé vous a rabattu les oreilles la veille au soir. Avec un peu de bol, vous pouvez en prime profiter d’un demi sourire chouette-machin ou d’une haleine bidule-extra-fraîîîîche que vous balance la fille contre laquelle vous êtes bien involontairement plaqué par la foule – qui vous roule, vous entraîne… Piaf, non ? -. Le mélange d’odeurs est parfois à gerber mais c’est toujours mieux que le soir, je vous l’accorde.

     

    Quand je suis sorti du métro il y avait des gyros bleus et oranges qui animaient le boulevard et les flics et les pompiers qui descendaient juste de leurs bagnoles.

    Et là, je l’ai vu. Sur le banc. Il était allongé en chien-de-fusil, bras croisés. Il avait un futal beige foncé et ses pieds étaient à l’air, pas de pompes, pas de chaussettes. Son sac aussi avait disparu. Sauvage la ville la nuit !

    Son visage était gris pâle, ses lèvres presque blanches.

    Aucune buée ne sortait de sa bouche entrouverte…

     

    J’suis resté scotché. Assommé. Tétanisé. Badaud bras ballants.

    Verdict du médecin des pompiers : hypothermie fatale.

     

    Alors c’tait pas avec une nana qu’il avait rendez-vous…

    Rien dans son allure … sdf !

    Quelle merde.

    Si j’…

     

    in "les preuves incertaines"  inédit

     


    1 commentaire


    Suivre le flux RSS des articles de cette rubrique
    Suivre le flux RSS des commentaires de cette rubrique