• Nam June Paik - 1994 - Reclining Buddha.jpg
    texte de D.A. Levy  1968                                                                        ill. Nam June Paik - 1994 - Reclining Buddha
     

     

     

     

    Je suis un contribuable
    & un scorpion
    & un poète je n'ai pas besoin des drogues
    je voulais seulement faire comme tout le monde
    & tous ceux que je connaissais prenaient des drogues
    & tous ceux que je connaissais lisaient le Village Voice
    & chouchoutaient leurs troubles psychosomatiques
    rien que pour avoir des pilules
    n'importe quelles pilules
    que faire d'autre ?
    la télévision ?
    se branler sur les spots publicitaires
    bobonne qui te broute la braguette
    pendant les publicités alimentaires
    GROUILLEZ-VOUS D'ALLER PISSER AVANT QUE LE FILM RECOMMENCE
    la télévision qui te broute la braguette
    jusqu'au retour de bobonne

    la télévision - en voilà encore une de drogue
    bonne vieille vie de banlieusard
    pourtant, je suis content qu'ils aient voté les lois
    beaucoup trop de jeunes mômes essaient de me brancher
    des gamines veulent me rendre visite
    avec de l'herbe - elles m'écrivent des lettres
    désirent être mes amies
    des chasseurs de célébrités qui veulent visiter
    l'ashram de poésie du coin -
    connerie de merde !
    j'ai l'impression d'être un film underground
    brûlé par Savonarole

    je suis toujours à la recherche
    d'une reine loyale et bandante
    qui sache jouir dans sa tête
    et qui me laisse jouir avec elle


     

     

    “Poème sur la Mort d'un Monastère de Banlieue”, Station Underground d’Émerveillement Littéraire, Berguette, 1993. ISBN 2 909834 11 5 (traduction Lucien Suel)

     

     


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  • 1256078.jpg
    texte bruno toméra                                             photo le bélier en crise  2010
     

     

    Elle arrive de loin, du fin fond du grouillant clinquant de la rue piétonne,

    enveloppe flottante de tissu noir avec dessus un bonnet jaune troué

    les gens affairés ou nonchalants s'écartent désorientés par cette apparition

    évadée d'une craquelure d'une toile de Jérôme Bosch.

        - T'as une clope et une petite pièce ?

    Elle pue

    elle n'a pas d'âge

    antiquaire d'elle même

    elle transbahute le présent défraîchi

    dans deux sacs éreintés

    par le poids de l'essentiel capharnaüm

    de l'inutilité.

    Je lui donne la clope et tire de ma

    poche un bifton de cinq euros.

       - Sympa mon gars

         tu veux en siffler un ?

       - Je veux bien.

    Elle sort d'un des cabas

    2 gobelets plastique cradots et un litre entamé

       - Bois mon gars, beau temps aujourd'hui...

    Nous buvons le picrate acide sous le soleil au milieu de l'agitation.

    Je trinque avec la barmaid des enfers et c'est bon.

       - J'aurais vingt piges de moins, je t'aurais fait ton affaire...

         j'étais belle, ça me connaissait les beaux mecs... O des beaux gars...

    Qu'elle rajoute

        - J'en doute pas, madame.

    Elle sourit, des souvenirs clairsemés et joyeux doivent se superposer

    sur les capricieux écrans de sa mémoire.

       - Faut que j'y aille, j'ai des affaires à régler.

    Qu'elle dit d'un coup le regard gelé et perdu dans la nuit

    d'un hiver instantané.

    Elle se barre, trottinant instable sur les pavés

    vers une aléatoire prolongation de l'existence.

    Je la rattrape, lui colle une bise sur la joue

    et lui dit

        - Sûr madame, Vous êtes le meilleur coup de la terre.

     

     

     


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    zuiderzeeextrait2b.jpg
    texte de werner lambersy                                                    collage  jlmi  2013
     

     

    Quand la mer était

    Partout j’étais

    Dedans

     

    Quand l’air fut tout

    Autour j’étais

    Dedans

     

    Quand l’herbe

    Et les animaux sont

    Apparus

     

    J’étais dedans aussi

     

    Puis l’homme

    A pris beaucoup de

    Place

     

    Avec la tombe dont

    Il reste seul à

    S’occuper

     

    Et l’âme

    Qu’il veut pour lui

    Tout seul

     

    Quand l’univers

    A l’autre

    Bout des lorgnettes

     

    Se vide dans l’éther

     

     


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  • dylan66sipaok.jpg

     

     

    It's All Over Now, Baby Blue

    Tout est fini maintenant, triste petite

    You must leave now, take what you need, you think will last.
    But whatever you wish to keep, you better grab it fast.
    Yonder stands your orphan with his gun,
    Crying like a fire in the sun.
    Look out the saints are comin' through
    And it's all over now, Baby Blue.

    Tu dois partir maintenant, prends ce dont tu as besoin, ce que tu crois durable.
    Mais quoi que tu veuilles garder, tu ferais mieux de t'en emparer vite.
    Là-bas se tient ton orphelin, avec son fusil,
    Il pleure comme un feu dans le soleil.
    Regarde, les saints arrivent enfin
    Et tout est fini maintenant, triste petite.

    The highway is for gamblers, better use your sense.
    Take what you have gathered from coincidence.
    The empty-handed painter from your streets
    Is drawing crazy patterns on your sheets.
    This sky, too, is folding under you
    And it's all over now, Baby Blue.

    La route est pour les joueurs, sers-toi de ta tête.
    Prends ce que tu as rassemblé par coïncidence.
    Le peintre aux mains vides de tes rues
    Orne tes draps de dessins fous.
    Ce ciel, aussi, se replie sous toi
    Et tout est fini maintenant, triste petite.

    All your seasick sailors, they are rowing home.
    All your reindeer armies, are all going home.
    The lover who just walked out your door
    Has taken all his blankets from the floor.
    The carpet, too, is moving under you
    And it's all over now, Baby Blue.

    Tous tes marins au mal de mer, ils rament vers leurs maisons.
    Toutes tes armées de rennes, rentrent toutes à la maison.
    L'amant qui vient de sortir par ta porte
    A retiré toutes ses couettes du plancher.
    Le tapis, lui aussi, bouge sous tes pas
    Et tout est fini maintenant, triste petite.

    Leave your stepping stones behind, something calls for you.
    Forget the dead you've left, they will not follow you.
    The vagabond who's rapping at your door
    Is standing in the clothes that you once wore.
    Strike another match, go start anew
    And it's all over now, Baby Blue.

    Abandonne tes pierres de gué, quelque chose t'appelle.
    Oublie les morts que tu as laissés, ils ne te suivront pas.
    Le vagabond qui frappe à ta porte
    Est vêtu des hardes que tu as portées autrefois.
    Gratte une autre allumette, essaie à nouveau
    Car tout est fini maintenant, triste petite.

     

    traduction de Pierre Mercy et François Guillez

    qu'ils soient ici remerciés

     


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  • dreamorama.jpg
    texte & toile de jlmi  2004

     

    Le rêve en attente jusqu’à l’ivresse  pour vivre sa vie de rêve 

    La voie du phénomène vibratoire d’une rue

    L’instant unique de l’évaporation de la tête dans l’oreiller

    Le deuxième étage du monde comme verroterie du salut

    Le suicide comme un raccourci vers l’action révoltée

    Les visages noyés de l’intérieur par la fonte des glaces

    La solitude juste à portée de la main en train de se tendre

    L’odeur de l’interdit comme partie intégrante de l’existence

    La vague accepte dans son déferlement la beauté qu’elle ne voit pas

    L’enfant de l’orage pas étonné de s’entendre grandir

    Les chiens endormis au coin de ma cervelle

    La chute vertigineuse dans le tourbillon du Temps

    Le délire dément du don non démenti du ‘’Dharma’’ de JK

    La profondeur solide de la pierre musicale d’un escalier liquide

    La question : est-ce que les chauve-souris… dans les cheveux…

    La réponse : si on tourne en rond, on n’arrive jamais

    Le cauchemar de tableau noir d’une ardoise dans un bar

    L’air cru de froid malgré un feu de pierres noires à l’odeur assoiffante

    La question : dis moi ce que tu dois…

    La réponse : mon âme contre un peu de liquide

    Les spectres en suspens, demande subliminale de laideur

    La réponse : Parfois oui. Souvent non !

    La question : tout périra y compris les périls…

    L’escalier liquide au rivage inégal où l’humain apocalypse

    Les échelles volantes pour ambuler dans les heures mortes

    La soudaine pulsation désordonnée de l’artère humérale ou du nerf médian – va savoir - à l’antérieur du coude gauche

    Le destin fossoyeur de l’intemporalité du temps

    Les équinoxes équivoques des soleils de silence

    La réponse : en des errances de déshérences urbaines

    La question : l’ailleurs …

    Le refuge en terre masaï d’Edgar Allan Poë

    Le germe de perversion des nuages constructeurs de bateaux

    L’empathie d’une grande goulée de blanc gommé

    La réponse : du semblable au semblable

    La question : d’aujourd’hui à demain…

     

     


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