• l'oeil & la plume... poésie, art de l'insurrection

    l'oeil & la plume...

    texte de Lawrence Ferlinghetti     portrait par Ilka Hartmann

     

     

    La poésie est un bateau en papier sur le déluge de la désolation spirituelle.

    Plus le temps pour l’artiste de se cacher au-dessus, au-delà ou derrière le décor, indifférent, à se ronger les ongles à se raffiner jusqu’à ne plus exister. Plus le temps pour nos petits jeux littéraires, plus le temps pour nos paranoïas et nos hypocondries, plus le temps pour la peur et la haine, juste le temps pour la lumière et l’amour. Nous avons vu les meilleurs esprits de notre génération détruits par l’ennui lors des lectures poétiques. La poésie n’est pas une société secrète, ce n’est pas non plus un temple. Les mots de passe et les psalmodies ne marchent plus. L’époque du Om est révolue, c’est l’heure des lamentations funèbres c’est l’heure de se lamenter et de se réjouir sur la fin proche de la civilisation industrielle mauvaise pour la terre et l’Homme. C’est l’heure de se tourner vers l’extérieur Assis en lotus les yeux grands ouverts, C’est l’heure d’ouvrir la bouche avec un discours ouvert et neuf, c’est l’heure de communiquer avec tous les êtres sentants Vous tous, poètes des villes pendus dans les musées, y compris moi-même, Vous tous , poètes qui écrivez de la poésie sur la poésie, Poètes de la langue morte et déconstructionnistes, Vous tous, poètes pour ateliers de poésie dans le cœur broussailleux de l’Amérique Vous tous les Ezra Pound de salon Vous les poètes déjantés, défoncés, déchiquetés, recollés. Vous les poètes concrets en béton précontraint Vous les poètes cunilinguistes Vous les poètes des latrines publiques qui grognent des graffitis, Vous tous les maîtres du haïku de scierie dans les Sibérie d’Amérique, Vous les irréalistes sans yeux, Vous les supersurréalistes autooccultes, Vous tous, visionnaires de chambre à coucher et agit-propagateur de placard, Vous les poètes Groucho Marxistes (..) Vous les cheftaines de la poésie, Vous les moines zen de la poésie, Vous tous les amants suicidaires de la poésie, vous les professeurs hirsutes de poésie, Vous tous les critiques littéraires qui boivent le sang des poètes, Vous la Police Poétique… Où sont les sauvages enfants de Whitman, où, les grandes voix qui s’élèvent avec douceur et sublimité, où sont les grandes visions neuves, les vastes regards sur le monde, les hauts chants prophétiques de la terre immense et tout ce qu’elle chante en elle… Poètes, descendez dans les rues du monde une fois de plus Ouvrez votre esprit et vos yeux à l’ancien délice visuel, Raclez-vous la gorge et parlez, La poésie est morte, vive la poésie, avec ses yeux terribles et sa force de bison…

     

    Merci à Léon Cobra

     


  • Commentaires

    1
    Cathy
    Samedi 27 Juin à 11:28

    désespérant d'actualité perpétuelle, magnifique aussi, mais plus ça va, plus je me dis que faudra arrêter de dire aux autres ce qu'il faut faire, ça ne fonctionne pas ;-)

    2
    Cathy
    Samedi 27 Juin à 11:33

    il ne peut y avoir de grandes visions neuves, que des redites, des espoirs lancés au ciel ou semés en terre, qui retombent en pluie ou en missiles, qui poussent ou crèvent, il ne peut y avoir qu'une multitude de petites visions, en espérant que chacune d'elles soit à la fois unique et universelle, une multitudes de petites actions qu'il faudrait belles, juste et bonnes, si les poètes pouvaient changer le monde..... ce serait quand même un beau foutoir ;-) peut-être peuvent-ils au moins adoucir ou ralentir un peu sa chute dans l'immonde

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