• l'oeil & la plume... chant funèbre sans musique

      texte de Edna St Vincent Millay                                       photo x   années 1930s                                      

     

    Je ne suis pas résignée à l’enfermement de ceux que j'aime dans la terre lourde.

    Mais c’est ainsi, et ce sera toujours ainsi, comme ça l’a toujours été :

    Ils s’enfoncent dans les ténèbres, le sage comme la belle. Couronnés

    De lys et de lauriers ils s’en vont ; mais je ne suis pas résignée.

     

    Amoureux et penseurs, dans la terre avec toi.

    Soyez un avec la poussière terne, la poussière aveugle.

    Un fragment de ce que tu as ressenti, de ce que tu savais,

    Une formule, une phrase subsiste, mais le meilleur est perdu.

     

    Les réponses rapides et sincères, le regard honnête, les rires, l’amour,-

    S’en sont allés. Ils s’en sont allés nourrir les roses. Élégante et abondante

    Sera leur floraison. Et parfumée. Je sais. Mais je ne suis pas d’accord.

    La lueur de tes yeux était plus précieuse que toutes les roses du monde.

     

    Ils s’enfoncent encore et encore dans l’obscurité de la tombe

    Doucement ils s’en vont, la magnifique, le tendre, la gentille ;

    Discrètement ils s’en vont l’intelligente, le spirituel, la courageuse

    Je le sais. Mais je ne suis pas d’accord. Et je ne suis pas résignée.

     

    trad jlmi+cg  2019

     

    Dirge wthout music

     

    I am not resigned to the shutting away of loving hearts in the hard ground.

    So it is, and so it will be, for so it has been, time out of mind:

    Into the darkness they go, the wise and the lovely.  Crowned

    With lilies and with laurel they go; but I am not resigned.

     

    Lovers and thinkers, into the earth with you.

    Be one with the dull, the indiscriminate dust.

    A fragment of what you felt, of what you knew,

    A formula, a phrase remains,—but the best is lost.

     

    The answers quick and keen, the honest look, the laughter, the love,—

    They are gone.  They are gone to feed the roses.  Elegant and curled

    Is the blossom.  Fragrant is the blossom.  I know.  But I do not approve.

    More precious was the light in your eyes than all the roses in the world.

     

    Down, down, down into the darkness of the grave

    Gently they go, the beautiful, the tender, the kind;

    Quietly they go, the intelligent, the witty, the brave.

    I know.  But I do not approve.  And I am not resigned.

     

     from The Buck in the Snow and Other Poems. Copyright © 1928

     

     Edna St. Vincent Millay

     

     

     


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  • l'oeil & la plume... comme s'agitent les seaux au fond des puits (fragment)

    texte de werner lambersy                                                               ill. jlmi2019

     

     

    Mesdames messieurs

    nous entamons la descente

     

    tout le monde sait ça

    depuis la naissance

     

    ceux

    qui ne sont pas tranquilles

    ont droit à un bonbon

     

    les autres se penchent aux

    hublots pour

    voir le terrain d’atterrissage

     

     


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    "Voilà deux pointures, Aubry et Carlson et puis elle me paraît papillon, éphémère, un papillon ça cherche "on ne sait quoi"  c’est saccadé leur vol, on les croit un peu bourré, c’est ce que j’aime chez eux : ce vol fragile et incertain"   bruno toméra

     

     


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  • l'oeil & la plume... trois par trois

    texte de isabelle le gouic                                                                ill. jlmi 2013

     

    J’ai raté le train qui roulait entre les arbres. Les arbres roulaient sous les nuages, sur le toit bleu des wagons de nuit qui allaient trois par trois. La locomotive crachait mon ennui, car la nuit me nuit, et aussi des nuages bleu nuit, trois par trois. La vapeur cachait parfois la lune qui ne montrait qu’un quartier, qu’une partie pas partie. La lune montrait l’une, parfois l’autre. Elle n’était pas entière, elle n’était qu’en tiers.

    Elle brûlait l’infinité des rails à toute vapeur. Les rails rattrapaient ma solitude et je m’y rejoignais.

    Les vitres me regardaient et comptaient les vaches trois par trois. Ma solitude gagnait à me perdre et je perdais mon temps autant que mes printemps. Trois par trois, mes doigts tapotaient sur l’interdiction de se pencher dehors, d’abord en français, puis en anglais et en italien. Je me penchais sur les pas qui traînaient derrière moi et je n’avançais pas. J’attendais en français puis en anglais et en italien l’instant qui ne venait pas.

    La gare était invisible, la salle des pas perdus se remplissait de mes doutes feutrés, l’horloge faisait des tic tac, trois par trois puis se taisait. Tic tac trois fois et je me regardais et tombais dans mon ombre. Un deux trois, soleil ! Le soleil luit, lui, quand moi je sombre, sombre. Les rayons dénombrent mes avatars. Il est trop tard.

    J’ai raté le train qui ne m’attendait pas, alors ma solitude en a pris un autre. Les passagers étaient dans ma tête et ma tête voyageait. J’étais assise devant mes doutes, je les comptais trois par trois et ça ne faisait jamais cent. Alors, sans attendre son tour, mon sang faisait trois tours. Je doutais un peu plus, je faisais le dos rond et mes comptes étaient ronds. Le contrôleur passait devant moi et ne me voyait pas. Le cliquetis de la poinçonneuse me rappelait le parfum des lilas qui s’engouffrait dans des p’tits trous, toujours des p’tits trous.

    Le train où je n’étais pas était vide de toute solitude et plein de brouhaha. Il crachait sa vapeur au museau des vaches qui broutaient trois par trois et giflait la lune parfois, je ne sais pas pourquoi. Je ne sais pas pourquoi ce train là ne voulait pas de moi. Alors, je chemine, ma solitude accrochée aux rails, en français puis en anglais et en italien, trois p’tits tours et puis s’en va, dans un tortillard qui n’existe que pour moi.

    J’ai raté le train qui roulait entre les arbres. Les arbres roulaient sur les nuages, sur le toit bleu des wagons de nuit qui allaient trois par trois, sans moi, sans toi. Emoi...

     

                  ''Le train qui entre en gare ne prend plus de voyageurs. 

                                                Je répète : Le train qui entre en gare ne prend plus de voyageurs'' ...

     

             

                         

     


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