• texte & photo  jlmi

     

     

     

    Trois stèles de basalte abstraites se détachent sur un fond de verdure au cœur du jardin des Tuileries. Elles semblent troncs sans feuilles, troncs aux branches repliées, comme trois parapluies de géants naturistes abandonnés là pour le plaisir des yeux. Nous sommes à deux pas du musée du Louvres. Les géants ont du s’y retirer, dans la fraîcheur des salles aveugles des sous-sols d’antiques.

    Amour de l’Art.

    Sous les frondaisons, en bord d’allée, comme isolé dans sa bulle, un couple enlacé vient d’échanger un baiser. Les amants jettent un regard souriant au photographe, dans une joyeuse complicité. Plus tard Il lui fera même un geste de la main mais Elle dans un mouvement de pruderie feinte cachera son visage au creux de l’épaule de l’homme. Que du bonheur à partager dans cet instant saisi au vol. Ils n’en sont pas avares.

    Art de l’Amour.

     


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    It was the third of June, another sleepy, dusty, delta day
    C'était le 3 juin, encore un jour poussiéreux et somnolent sur le delta
    I was out choppin' cotton and my brother was balin' hay
    J'étais dehors, je récoltais le coton, et mon frère bottelait du foin
    And at dinner time we stopped and walked back to the house to eat
    A l'heure du dîner on s'est arrêtés et on est retournés à la maison pour manger
    And Mama hollered at the back door, "Y'all remember to wipe your feet"
    Et Maman a braillé par la porte de derrière "pensez à essuyer vos pieds"
    Then she said, "I got some news this mornin' from Choctaw Ridge
    Puis elle a dit "J'ai eu des nouvelles de Choctaw Ridge ce matin
    Today Billie Joe McAllister jumped off the Tallahatchee Bridge"
    Aujourd'hui, Billy Joe Mac Allister a sauté du pont Tallahatchee"

    Papa said to Mama as he passed around the black-eyed peas
    Papa a dit à Maman en passant les pois noirs
    "Well, Billie Joe never had a lick o' sense, pass the biscuits, please
    "Eh ben, Billy Joe n'a jamais été très malin, passe moi les biscuits s'il te plaît
    "There's five more acres in the lower forty I've got to plow"
    J'ai encore 2 hectares à labourer en bas du champs quarante"
    And Mama said it was a shame about Billie Joe anyhow
    Et maman a dit que c'était quand même dommage pour Billy Joe
    Seems like nothin' ever comes to no good up on Choctaw Ridge
    On dirait qu'il n'arrive jamais rien de bon à Choctaw Ridge
    And now Billie Joe McAllister's jumped off the Tallahatchee Bridge
    Et maintenant voilà que Billy Joe Mac Allister a sauté du pont Tallahatchee

    Brother said he recollected when he and Tom and Billie Joe
    Mon frère a dit qu'il se souvenant quand lui, Tom et Billy Joe
    Put a frog down my back at the Carroll County picture show
    M'avaient mis une grenouille dans le dos au cinéma à Caroll County
    And wasn't I talkin' to him after church last Sunday night
    D'ailleurs, je lui parlais dimanche soir dernier après la messe
    I'll have another piece of apple pie, you know, it don't seem right
    Je prendrais bien une part de tarte au pomme ; tu vois, c'est pas juste
    I saw him at the sawmill yesterday on Choctaw Ridge
    Je l'ai vu hier à la scierie de Choctaw Ridge
    And now you tell me Billie Joe's jumped off the Tallahatchee Bridge
    Et maintenant tu me dis que Billy Joe s'est jeté du pont Tallahatchee

    Mama said to me, "Child what's happened to your appetite ?
    Maman m'a dit "Ma fille, qu'est ce qui arrive à ton appétit ?
    I been cookin' all mornin' and you haven't touched single bite
    J'ai cuisiné toute la matinée, tu n'as pas mangé une seule bouchée
    That nice young preacher Brother Taylor dropped by today
    Ce charmant jeune prêtre, frère Taylor, est passé aujourd'hui
    Said he'd be pleased to have dinner on Sunday, oh by the way
    Il a dit qu'il serait ravi de venir manger dimanche, oh d'ailleurs
    He said he saw a girl that looked a lot like you up on Choctaw Ridge
    Il a dit qu'il avait vu une fille qui te ressemblait a Chactow Ridge
    And she and Billie Joe was throwin' somethin' off the Tallahatchee Bridge"
    Et elle et Billy Joe lançaient quelque chose du pont Tallahatchee"

    A year has come and gone since heard the news 'bout Billie Joe
    Une année est passée depuis qu'on a entendu parler de l'histoire de Billy Joe
    Brother married Becky Thompson, they bought a store in Tupelo
    Mon frère a épousé Becky Thopson, ils ont acheté un magasin à Tupelo
    There was a virus goin' round, papa caught it and he died last spring
    Un virus trainaît dans l'air, papa l'a attrapé et en est mort le printemps dernier
    And now Mama doesn't seem to want to do too much of anything
    Et maintenant maman n'a plus le goût de rien faire
    And me I spend a lot of time picking flowers up on Choctaw Ridge
    Quant à moi, je passe beaucoup de temps à cueillir des fleurs à Choctaw Ridget
    And drop them into the muddy water off the Tallahatchee Bridge
    Et je les jette dans l'eau boueuse depuis le pont Tallahatchee

     

    merci à la Coccinelle

     


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  • mau1.jpg
    texte de jean-claude tardif                                                                   ill. jlmi


    De son sixième étage il contemplait la foule qui déambulait dans la rue ; il souriait en pensant à celle qui d'un moment à l'autre se mêlerait sans doute à ce grouillement de tâches de couleur, vêtements légers qui seyaient à la saison . Il scrutait ces grappes de badauds qui s'agglutinaient au plus proche de la porte du hall. Pressés contre les barrières tous attendaient de voir passer ceux qui maintenant ne tarderaient plus . L'impatience montait, elle devenait palpable, mouvante, semblable à un corps qui se plie, se prête au désir ; au désir du désir ! Il se félicita d'avoir acheté ce petit appartement malgré les travaux . La vue sur le boulevard lui plaisait vraiment . C'était là son premier achat, alors qu'il avait atteint depuis longtemps déjà, l'âge où d'ordinaire on engrange les dividendes, voire les plus-values . Il avait toujours résisté à cette volonté, ce besoin partagé par beaucoup, par cette foule qu'il surplombait sans doute, de posséder. Et puis, cette annonce, une opportunité : petit appartement sur le boulevard, à saisir . Suivait une adresse dans un quartier qui lui plaisait depuis l'enfance. Il ne savait pas ce qui avait emporté sa décision, la clarté des lieux, leur sobriété ou, le fait simple, mais au combien précis, de sa présence quand il se présenta pour visiter ?.


    Il s'accouda un peu plus sur la barre de sûreté, se pencha pour essayer de l'apercevoir, elle venait de partir ! Il ne la vit pas parmi tous ces autres, il leur en voulut à la lui dissimuler. Puis pensa que peut-être elle longeait les murs, la pierre blonde sous le soleil ; qu'elle se frayait un passage entre elles et les corps de plus en plus nombreux, serrés, au fur et à mesure qu'approchait le moment tant attendu par chacun de ceux qui se trouvait là . Il aurait tant aimé l'apercevoir une seconde, alors que l'odeur de son corps flottait encore dans cette pièce qui était devenue la chambre ; C'était là qu'approchaient qu'il l'avait aperçue pour la première fois. Il frissonna . L'air était sec ! Il eut envi d'elle, de la sentir tout contre de lui . Il se tourna un bref moment vers l'intérieur de la pièce, elle était-là ! Son image, sa présence demeuraient dans le froissé des draps . Il sourit ! Jamais il n'aurait osé imaginer à quelques semaines de là , quand il entra dans cette pièce vide, ce vers quoi la vie l'emporterait. Ce jour-là elle se tenait debout, au centre de la pièce, dans la lumière . Elle lui avait souri et pourtant il ne vit que la tristesse de ses yeux gris . Elle le regarda approcher sans esquisser le moindre geste . À croire avait -il pensé que le soleil qui entrait dans la pièce la piégeait, ou qu'elle avait dans son ascendance quelque Mau égyptien ; le corps souple qu'il devinait sous sa robe ainsi que la démarche fluide qu'il lui prêta avant même qu'elle ne fit le moindre pas plaideraient, il en était certain, pour une telle parenté.


    Il avait hésité avant de s'avancer, il lui semblait que ses yeux se rétrécissaient à mesure qu'il progressait vers elle . À tout moment, il était prêt à se rejeter en arrière pour éviter l'attaque, le coup de patte. Le pas de côté pouvait aussi s'imposer. Il se reprocha son corps lourd, vieilli ; il ne pourrait en rien rivaliser avec celui de cette femme dans la fuite . Il sut au premier regard qu'elle pourrait le blesser si l'envie lui en venait sans qu'il puisse s'y opposer. Il regarda ses mains, elles étaient d'une troublante jeunesse . Ses ongles manucurés étaient vernis rouge sang . Il fut presque surpris de ne pas y voir l'effilé de griffes . Il s'attarda plus que de raison sur la couleur de ses ongles, puis ses yeux remontèrent très doucement jusqu'à la naissance des poignets qu'elle avait fins . Il se trouva ridicule de penser à cela, cette phrase, ce :  ses poignets qu'elle avait fins  . Il l'avait lue, entendue tant et tant de fois quand il s'agissait de qualifier la beauté fragile, touchant à la candeur, d'une jolie femme ; il aurait voulu trouver d'autres mots. Que son émotion face à elle ne soit pas trahie, amoindrie par les mots même qui lui venaient pour la qualifier, d'autant que les yeux de cette femme lui disaient tout autre chose à présent ; ils lui parlaient d'une sauvagerie qui … Il se trouva minable ! Tout le désertait alors qu'il avait plus que jamais besoin de son aplomb ; celui qu'on lui reconnaissait avant, dans sa vie professionnelle, et qu'il avait fini par considérer comme un acquis, quelque chose qui lui était innée . Mais aujourd'hui il devait bien se rendre à l'évidence devant cette femme, durant toutes ces années beaucoup lui avaient menti sur lui-même.

    Dès qu'il l'avait vue, il avait su qu'il achèterait cet appartement, simplement parce qu'elle s'y était tenue, debout, dans la lumière . Il ne savait rien d'elle sauf qu'elle était là et que cela lui suffisait . Il avait cependant fait durer la visite, l'avait suivie, respirée, la faisant repasser plusieurs fois dans le couloir de soleil qui tombait de la fenêtre . Chaque fois celle-ci, en ombre chinoise, lui donnait à découvrir un peu plus son corps . Il en était tout à la fois transporté et honteux car il n'était pas dans ses habitudes de se conduire de la sorte . Elle fit semblant de ne s'apercevoir de rien et se prêta au jeu qui recommença les jours suivants ; chaque fois plus long, plus intime, et chaque jour lorsqu'il arrivait dans l'appartement il craignait qu'elle ne s'y trouvât point . Chaque fois cependant son bonheur grandissait lorsqu'il la retrouvait dans l'une des pièces, comme par hasard . Combien de semaines s'étaient écoulées depuis leur rencontre, depuis que, pour la première fois il avait croisé les yeux gris de Mau ? - comme il la surnommait maintenant - Il n'en avait pas tenu le compte et ne le voulait pas ; il lui aurait simplement appris qu'il avait vieilli encore un peu plus, et qu'elle était toujours aussi belle.


    Dehors il y eut de grands cris, des encouragements. La caravane publicitaire passait sous la fenêtre, jetant à la volée des objets sans valeur à une foule qui n'était plus qu'une masse informe, déplacée par à-coups, mue par une seule et même volonté . Les mains ensemble se tendaient pour saisir qui un fanion, qui une casquette ; des dizaines de mains tendues vers un seul et même but, dérisoire, ridicule. Il pensa à ses propres mains sur son corps ; ses mains seules, sur le corps félin de Mau. Le bonheur le submergea « Mau je t'aime » murmura-t-il . Il revint au spectacle de la rue . La foule était indescriptible, la rumeur couvrait le bruit des moteurs, des motos . Le peloton n'allait plus tarder, il se pencha un peu plus, s'appuya de tout son poids sur le garde-corps pour tenter une fois encore de l'apercevoir dans le soleil . Ses doigts serraient la barre avec force, comme il aurait aimé enserrer le corps de Mau. Il se pencha encore, en limite d'équilibre et l'aperçut soudain, point vif, chevelure brune, galopante sur le dessin des épaules, sur cette peau qu'il aimait tant ; dont il ne pouvait plus se passer . Elle s'apprêtait à tourner le coin de la rue, la station de taxis se trouvait juste après, bientôt elle montrait et disparaîtrait dans l'un d'entre eux . Il voulait l'appeler, crier son prénom pour qu'elle se retourne ; que son visage s'inscrive en contre-sens de la foule avant que son regard ne la perde tout à fait. Il l'appela, d'une voix presque suppliante : « Mau », une seule fois, et ces trois lettres contenaient le peu qu'il savait d'elle ; tout ce qu'il en ignorait . Il s'appuya davantage encore sur la balustrade, comme si son corps voulait ainsi donner plus de puissance à sa voix. C'est alors que ça se produisit, elle céda sous son poids. Avant de s'écraser sur la foule, six étages au-dessous, il pensa à ces instants partagés avec cette femme dont jamais il ne saurait le prénom . Il la revit nue, légère et impudique dans le petit appartement où - il en était maintenant persuadé - toute sa vie s'était résumée en l'espace de quelques jours et quelques nuits . Chute ou ascension ? Qu'importe ! Il sut qu'à présent … Il était convaincu d'avoir eu raison.

     

     


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  • l'oeil & la plume...

    texte de cathy garcia                                       ill. jlmi sur photo de Kevin Carter

     


     
    le soleil s’est levé rouge poussière
    des enfants secs sont couchés
    des vautours les veillent
    d’autres sont chiens défoncés

    soldats de misère

    les vautours s’agitent et un enfant
    petite fille peut-être
    ne se relèvera pas
    les os lui crèvent la peau

    un bourdonnement irritant monte en puissance
    le son d’une armée de mouches
    la vibration de milliers de paroles discours polémiques
    projets plans gesticulations économiques

    choisis ton pseudo humanitaire

     le sujet au fond a peu d’importance
    le sujet est une carcasse
    que se disputent les éboueurs du désert
    négligeable carcasse
    sujet vite oublié

    pourtant elle a un nom
    cette poussière que l’on piétine :

    enfants d’Afrique

     

     

    extrait de Pandémonium II



     


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    merci à cg pour cette perle !

     

     


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