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    texte de vincent                                                               ill jlmi  2013
     

     

     

    Tous les jours dans le miroir, affronter

            ma gueule cassée, le reflet

    de mes échecs,

            celle que j’aimais a eu

    raison de me quitter,

            toutes ces années, je n’ai

    eu aucun avenir

            DEPUIS TOUTES CES ANNÉES

    JE N’AI

            aucun avenir, je n’avais à offrir

    que la diaphane promesse de l’aimer encore

            quand les années auraient étranglé

    sa sublime beauté, mais lesquelles oseraient

    encore

            croire aux promesses ? celles

                    qui brisent leurs serments ?

                    celles qui mentent ?

                    celles que tous on trahis ?

    Quoique je sois, loin de moi, Pretty Face me calomnie,

    moi je me hais de près pour mes émois

    je rêve parfois d’ouvrir ma peau

    pour jeter mes entrailles brûlantes aux

    chiens errants, m’asseoir et les regarder

                    me dévorer, lorsque je lève

    mes paupières grises la douleur sourit tandis

    qu’en chantonnant doucement, l’existence

    plante ses crocs autour de mon cœur, je sais qu’elle ne lâchera

     pas sa proie avant

            le dernier battement,  tant pis si

    l’Amour ce soir me paraît inutile

    je sais que demain j’ouvrirai les yeux en manque de

            quelque chose au goût de flammes

     


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  • nous sommes inexcusables.jpg
    texte de bruno toméra  2005                                                     toile jlmi  2004
     

     

    Nous regardons les corps déchiquetés et sanguinolents
    Nous regardons la souffrance comme une part de la nécessité
    Nous regardons les portes grinçantes des gagne-pains se fermer
    Nous regardons le nombre anonyme de virés
    Nous regardons les faits mais pas les causes...
    Nous regardons l'information fragmentée et sponsorisée
    Nous regardons les scénarios d'espoir moqués
    Nous regardons avec fierté le design des bombes high tech
    Nous regardons la programmation de l'anéantissement de nos rêves
    Nous regardons l'individu sacralisé sans les autres
    Nous regardons les beaux parleurs remuer les lèvres
    Nous regardons la vacuité se proclamer " star " etc etc...
    Nous regardons le religieux re-saler la soupe de l'ignorance
    Nous regardons les trophées de la torture des animaux
    Nous regardons les sourires mielleux des annonceurs de misères
    Nous regardons les journalistes en costume de Monsieur Loyal
    Nous regardons l'air étouffer et l'eau pleurer nos déchets
    Nous regardons les écrans imbéciles se trémousser
    Nous regardons le narquois contentement du mensonge
    Nous regardons les droits de l'homme conspués
    Nous regardons la morale méprisante des intellectuels médiatiques
    Nous regardons les êtres vivants déniés
    Nous regardons le vivant comme si nous étions hors de lui


    Nous regardons mais nous ne voyons rien


    Nous sommes inexcusables.

     


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    l'oeil subtil... in memoriam

    Manhattan, un peu après 8heures, 11 septembre 2001

    "un brouillard d’ennui / aux étangs d’indifférence / le 11:9, plus rien"

    haïkaï & collage jlmi 2004

     


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  • galaxie02b.jpg

    texte de cathy garcia  v°2018                                                        ill  jlmi  2013

     

     

    Il nous faut changer de cap, lâcher du lest, faire face aux vraies peurs masquées par les fausses, les peurs conformes, les peurs induites, celles qu’il est bon d’avoir même si on ne les a pas. Il nous faut embarquer vers l’inconnu, sans rives, sans repère. Ne rien projeter, ne rien regretter, s’ouvrir à l’espace infini de l’instant, desserrer les vis, libérer, par le souffle paisible, nos viscères, admettre que l’on ne sait rien de l’amour.

     

    Je frotte mes ailes de cigale, ventre contre terre, fesses solaires. J’ai tellement retourné les mots en tous sens, goûté leurs chairs, sucé leurs os, il y en a peu finalement qui apaisent ma faim. Je cherche l’au-delà des mots, la sensation pure, violente parfois, une pénétration totale par un sans-nom à quoi on a donné tant de noms en vain. Un vide en moi, immense, qui provoque un appel d’air. Y tournoient le cosmos et toutes ses galaxies, je suis absolument et invraisemblablement creuse à l’intérieur.

     

    Les mots fuient de toutes parts, explosent, se dispersent, se reforment. Un creuset d’énergie où je disparais, ne faisant plus qu’un avec ce vertige de l’indicible. Alors, décider ? Mais décider de quoi ? Je m’ouvre et ne peux rien décider. Seulement accueillir.

     


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  • bar+alcoolo+phaco.jpg

    texte de ben arès                                                               collage de jlmi 2013

     

    Revenons-en à nos moutons mon boulot au bar Le Phacochère, mon quotidien authentique. Pour être plus précise, aux remontrances des licenciés en songes et ivrogneries, aux saint-frusquins, tapages et carnages des assidus petits gros zizis, aux déballages de charcuteries des maîtres de céans, aux “Taïaut, taïaut” ou les chasses aux beaux gosses que je me farcis à longueur de journées. Pas piquées des vers. Et la liste des personnages est longue. Les scènes redondantes. Entre belottes, coups de gueule et jeux de boule. Entre les déboires de Roger Lapin, Bobby Divorce, et Michel Boudin. Entre les insultes de Djamel Tientonâme, Hubert Delaglose et Raymond Toujouraison. Les chaises volent parfois haut. Au détriment des idées courtes. J’écoute distraitement en allant et venant des pauvres mots, des vanités qui ne collent pas aux piètres, aux goujats et aux faunes. Je passe l’éponge, débarrasse, ramasse les verres cassés ou les tessons des Tontons troubles. J’entends les exploits des virilités qui ne prennent pas la peine d’y introduire l’humour. J’entends des bribes de discours tournant toujours autour du même couplet la catastrophe du pays, la faute à l’imbécillité des autochtones. Confinés dans cette vision cet engrenage-là, ils clament des salades et des fromages, des cotes d’amour sur le bon dos de leur innocence. Ils ventent à sens unique l’apport des exploitants de jadis sinon le respect, qui semble aujourd’hui justifier tout leur mépris et toutes leurs arrogances. Dans le pur déni des crimes les plus infects. En passant la commande. En dissertant sur la nécessité de l’ordre la seule issue et le bon sens des anciennes corvées en leur beau pays ! Heureusement, je ne prends rien sur moi. Ça glisse et je suis bien loin d’attrapper un cancer du colon quand je les vois se morfondre ou s’alanguir à palper se faire passer une poupée gonflable et s’inventer la bonne morale bonne conduite à la place du singe. Mettons que je n’ai rien dit puisque le client est roi ! Mettons que je suis confuse face à ces hommes que je sers, missionnaires de civisme et d’évolution convaincus, adjudants chefs, rois du pétrole et de chasseresses sur le qui-vive. Et je croise des yeux complices qui en savent long au sujet de ces bouffons-là, et qui me réconfortent en me faisant comprendre que tout ça n’est rien, que c’est du bruit, qu’il faut s’y faire, que c’est du bruit que font ces mots de l’espèce humaine. Et je souris avec lui, moi qui ne suis pas née de la dernière pluie...

     

    extrait de la nouvelle "Mettons que je n’ai rien dit" publiée dans la revue Nouveaux délits N°46. Merci à l'auteur et à Cathy Garcia.

     


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