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    l'oeil & la plume...   sous

    texte de cathy garcia                                                                   ill. jlmi 2020

     

    sous le soleil
    sous les néons
    sous les étoiles
    sous les ponts
    sous les cendres
    sous les larmes
    sous la lune figée
    sous le ciel cru
    sous les papiers
    sous la dentelle
    sous les sourires
    sous nos pieds
    sous nos balles
    sous les rasoirs
    sous les charniers
    sous le comptoir
    sous les billets
    sous les cartons
    sous les dossiers
    sous le sable
    sous la mer
    sous les bombes
    sous sous sous
    sous nos yeux

    l’indifférence

     


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  • l'oeil & la plume... si j'...

    texte & ill. jlmi

     

     

    Il était assis sur un banc du boulevard Richard Lenoir. A deux pas de la bouche de métro. Plein hiver. Peut-être moins trois moins quatre déjà. Cette nuit, ça allait donner avec le vent qu’il y avait… Pour éviter ce courant d’air, ses jambes devaient être repliées sous le banc car on ne voyait que son pardessus noir col relevé et ses cheveux noirs bien peignés. Ses mains étaient sans doute planquées au fond de ses poches. D’entre les pointes du col, à intervalles réguliers, sortait un petit nuage de buée. A côté de lui, un grand sac plastique de la fnac tout bosselé de son contenu.

     

    Je l’ai vu vers dix huit heures en sortant du boulot. J’allais prendre mon métro. J’ai pensé qu’il fallait que son rencart se magne pour qu’ils aillent se mettre au chaud vite fait. Des images de couple en train de prendre un pot dans un bistrot du coin puis enlacé en train de batifoler dans un bon plumard m’ont même traversé l’esprit. Ça m’a fait sourire. Sourire dans cette foule affolée, chose rare qui a la certitude de passer inaperçue. Dans cette meute individualiste forcenée il est tacitement convenu une fois pour toute de faire la gueule. Ça évite les conversations qui feraient perdre un temps précieux (sic). C’est comme ça. Métro, dodo… enfin ça vous connaissez.

    Comme d’hab’, le métro était bondé, il a fallu pousser sec pour entrer. Cette odeur bordel ! Une journée de sueurs, de sécrétions organiques, de macérations de fond de calbutes et de pieds dans des chaussures en synthétique et, point d'orgue, d’haleines nauséabondes que la mastication forcenée d’un chewing gum n’arrive pas à masquer. Et puis c’est pas là-dedans qu’on risquerait de prendre froid…

    De ma soirée, il n’y a rien à dire. Rien que du classique.

     

     

    Enfin si vous voulez savoir, avant d’aller au pieu, j’avais mis ça sur le papier, un truc fondé sur des chansons que la radio serinait en permanence et le mec en lardos noir sur son banc et la fille qu’il attendait, enfin un kaléïdo-téléscopage en quelque sorte. Si j’vous l’montre c’est bien parce que c’est vous

     

    « Cette nuit avait été de si grande attente.

     

    Cette nuit là,

    je marchai seul le long des rues. Soudain,

    elle était apparue à la fenêtre de sa salle de bain...

    J’avais attendu longtemps planté là sous l’abri bus.

    Elle était sortie de chez elle,

    m’avait tendu sa main : « Viens... »

     

    Cette nuit là,

    son sexe commençait à sauner

    lorsqu’elle se redressa

    et me dit :

    « C’est fini.

    Tout est bien.

    Désolée,

    je n’irai pas plus loin.

    Pars.

    Maintenant. »

    Elle se rhabillait.

    J’ai demandé :

    « Pourquoi ? Dis, pourquoi ? »

    Elle quitta la chambre sans rien ajouter.

    Je restai assis sur le lit.

    Pétrifié. Stone.

    Le monde est stone…

    Sur Radio Aligre,

    Cat Power venait d’attaquer

    ‘’Love & Communication’’.

     

    Cette nuit là,

    je pensais encore à elle

    en descendant sa rue ;

    là, le court voyage de l’amour mort,

    après un bref passage par la tendresse ,

    atteignit, rancœur subtile

    l’indifférence de l’habitude.

    C’était bien...

    Dans mon baladeur-ascenseur

    sur un thème de Sam Barber,

    Accentus

    prenait chorus.

     

    Maintenant je vis sur la mort.

    Où que je regarde il n’y a personne

    Je suis toujours entouré d’un espace vide et blanc

    et je cherche des réponses

    aux lézardes des murs. »

     

    Après, je vous certifie que j’ai super dormi. Se vider la tête comme ça avant, ça évite toutes ces gymnastiques hypnagogiques vous savez, ces trucs qui vont, qui viennent, qui vous sur-veillent et qui vous empêchent de sombrer vite fait dans les bras de la belle Morphée ( Mort-Fée ? Oh ! pardon…)

    Quand je m’suis levé, j’ai regardé dehors : ‘’moins huit’’ m’a dit le thermomètre de la fenêtre. Wouh ! Ouh ! Faut se couvrir pour aller bosser j’ai pensé…

    Après ? Course contre la montre habituelle pour éviter d’être à la bourre. Mais ça vous connaissez par cœur, non ?

    Donc, RER C puis le métro. Toujours la même cohue mais le matin comme ça vous avez hummmm ! toutes les odeurs de tous les déo-choses ou gels-trucs de la création cosmétique dont la télé vous a rabattu les oreilles la veille au soir. Avec un peu de bol, vous pouvez en prime profiter d’un demi sourire chouette-machin ou d’une haleine bidule-extra-fraîîîîche que vous balance la fille contre laquelle vous êtes bien involontairement plaqué par la foule – qui vous roule, vous entraîne… Piaf, non ? -. Le mélange d’odeurs est parfois à gerber mais c’est toujours mieux que le soir, je vous l’accorde.

     

    Quand je suis sorti du métro il y avait des gyros bleus et oranges qui animaient le boulevard et les flics et les pompiers qui descendaient juste de leurs bagnoles.

    Et là, je l’ai vu. Sur le banc. Il était allongé en chien-de-fusil, bras croisés. Il avait un futal beige foncé et ses pieds étaient à l’air, pas de pompes, pas de chaussettes. Son sac aussi avait disparu. Sauvage la ville la nuit !

    Son visage était gris pâle, ses lèvres presque blanches.

    Aucune buée ne sortait de sa bouche entrouverte…

     

    J’suis resté scotché. Assommé. Tétanisé. Badaud bras ballants.

    Verdict du médecin des pompiers : hypothermie fatale.

     

    Alors c’tait pas avec une nana qu’il avait rendez-vous…

    Rien dans son allure … sdf !

    Quelle merde.

    Si j’…

     

    in "les preuves incertaines"  inédit

     


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  • l'oeil & la plume... the love book fragment I

    fac similé de la couverture de l'édition originale 1966

     

     

    Poème Dieu / Amour

     

    il n'y a de façons d'aimer que / magnifiques /
            je t'aime de toutes ces façons

    je t'aime / ta bite dans mes mains
            s'agite comme un oiseau
    dans mes doigts
    comme tu enfles et deviens dur dans ma main
    forçant mes doigts à s'ouvrir
    avec ta force rigide
    tu es magnifique / tu es magnifique
    tu es cent fois magnifique
    je te caresse avec mes mains aimantes
            longs doigts aux ongles roses
    je te caresse
    je t'adore
    le bout de mes doigts... mes paumes...
    ta bite se dresse et palpite dans mes mains
    une révélation / comme Aphrodite le savait

            il fut un temps où les dieux étaient plus purs
            / je me souviens des nuits parmi le chèvrefeuille
            nos jus plus sucrés que le miel
            / nous étions le temple et le dieu tout entier /   
      
    je suis nue contre toi
    et je pose ma bouche sur toi        lentement
    j'ai le désir de t'embrasser
    et ma langue te rend un culte
    tu es magnifique   

    ton corps bouge vers moi
    chair à chair
    peau glissant sur peau dorée
    comme la mienne sur la tienne
        ma bouche        ma langue        mes mains
    mon ventre et mes jambes
    contre ta bouche    ton amour
    glissant... glissant...
    nos corps bougent et se rejoignent
    insupportablement

    ton visage au-dessus de moi 
       est le visage de tous les dieux
          et des démons magnifiques
    tes yeux...

             l'amour touche l'amour
             le temple et le dieu
             sont un

     

     

    God/Love poem

    there are no ways of love but/beautiful/
    i love you all of them
    i love you / your cock in my hand
    stirs like a bird
    in my fingers
    as you swell and grow hard
    in my hand
    forcing fingers open
    with your rigid strength
    you are a hundred times beautiful
    i stroke you with my loving hands
    pink-nailed long fingers
    i caress you
    i adore you
    my finger-tips… my palms…
    you cock rises and throbs in my hands
    a revelation / as Aphrodite knew it

     

    there was a time when gods were purer
    / i can recall nights among the honeysuckle
    our juices sweeter than honey
    /we were the temple and the god entire

     

    i am naked against you
    and I put my mouth on you slowly
    i have a longing to kiss you
    and my tongue makes worship on you
    you are beautiful

     

    your body moves to me
    flesh to flesh
    skin sliding over golden skin
    as mine to yours
    my mouth my tongue my hands
    my belly and my legs
    against your mouth your love
    sliding… sliding…
    our bodies move and join
    unbearably

     

    your face above me
    is the face of all the gods
    and beautiful demons
    your eyes….

    love touches love
    the temple and the god
    are one

     

    trad française par lunique (L'Unique, de peau et de chair ; L'Unique, qui sait que l'amour la poésie et la révolte c'est pareil  )

    http://endehors.net/news/lenore-kandel-poetesse-immense-e...

    un immense merci à lunique !!!

     

     


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  • l'oeil & la plume... quête

    texte de bruno toméra    ill. jlmi

     

    Puis la passion de st Matthieu quand Bach
    Tord sa baguette sur ma bouteille d'alcool
    Où je loge ce bobard solitaire que je me distille
    Sous la nuit bleu pétrole avec ce ticket de caisse
    De la vie dans le ventre vide d'un vieux sac
    De supermarché s'enfuyant affolé au travers de la ville,
    Ce sans vous, ce sans ils, cette bile acide au gris matin
    Sur mes chaussures faisandées,
    Fais longtemps que j'ai pas tiré un coup
    Dans le kleenex immaculé des poètes enrhumés,
    Nettoyer ses rides devant le miroir fêlé de la prestance,
    Allumer la énième clope, cracher quelques éponges,
    Chauffer le sénile diesel et foncer
    Pare-choc contre pare-choc
    A cinquante et un kilomètres heure
    dans le tohu-bohu bohu de l'existence
    Vers l'impérieuse quête du saint Graal
    De l'amour inventé sur des guibolles fermes et blanches
    Pour s'abreuver au néant de la biologique nécessité
    d'une chatte bien chaude,
    Et c'est pas gagné.

     


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  • l'oeil & la plume... tu t’assois dans ce regard là

    texte de sophie marie van der pas                                                   ill. jlmi 2020

     

    A l'échappée des brumes

    derrière l'ombre le soleil baille

    repose les beiges venus de la lune

    La marée se dépêche

    Pressée d'oublier ses naufrages

    aucun bateau en vue trop tôt

    cet instant sans voile appartient aux falaises

    bruyères maquillées

    le tableau cherche un cadre à la pointe du jour

     

    tu t’assois dans ce regard là

     

     


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