• l'oeil & la plume...

    texte de thierry lancien                                          photo jlmi ploumanac'h 2005

     

    La force du granit,

    sa solitude aussi.

     

    Ici, cerné par la fougère,

    l’ajonc à l’odeur de miel,

    la bruyère au chagrin d’épine.

     

    Là, léché puis recouvert par la vague,

    isolé tout à coup par cette geste de sel.

     

    Ses noms glorieux dans le langage de la baie,

    les balises Enfer et Paradis,

    pour nous protéger des naufrages.

     

    Le granit dans une éternité,

    si forte et si fragile aussi.

     

     

    In A l’Index n°37   2018

     

     


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  • l'oeil & la plume... l'oeil aux gouttes d'ombre

    texte et photo jlmi

     

    Des mots.

    Des mots tressés.

    Depuis ton corps,

    c’est le plus beau cadeau que j’ai reçu

     

    On ne peut pas effacer ce qui a été dit.

    Je ne sais même pas ce qui fut le plus cruel ni comment en parler.

    Encore maintenant.

     

    Mélancolie de cette  musique poussiéreuse

    du vide de la tendresse

    toujours prête à sourdre au dialogue de nos ombres mortes

    sous une caresse de frissons acides

    furieuse et douce, endolorie d’odeurs chatoyantes,

    parfums piquants d’orage au goût bleuté

    dans l’éclatement d’un sourire

    Puisse le puissant désir

    au rouge profond enceint de ciel chaud

    horrible charade des couronnes d’extase

    foutre le camp au-delà de la déception

    dans l’en deçà de nos deux vies ou

    aux avenirs ébouriffés de nos chimères

    Que les vents de solitude te soient très longtemps favorables

    car les étoiles exténuées s'abreuvent toujours à la sève des pierres

    dans un silence à troubler l’eau claire

    des percussions étouffées d’un tambour déchiré

    Energies telluriques radicales

    majestueuses

    des orgues flottantes de nos cathédrales aériennes

    immobiles dans le courant lent

    et long du temps des pierres.

    Nécessité des migrations

    plus rien que la lumière de l’œil aux gouttes d’ombre.

     


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  • l'oeil & la plume... ma cicatrice

    texte de fanny sheper                                                                        ill. jlmi


    Mon odieuse déchiratrice

    Est la preuve de mon incarcération charnelle.

    Vilaine incrustée sur ma cuisse,

    Elle fait la gueule quand je suis à poil.

     

    Elle m'a scarifiée

    D'une longue ligne de taille

    Cousue de ma hanche au genou.

    Elle est la preuve de mes absences,

    De mes négligences.

     

    Elle est là,

    Quand la bruine la fait grincer.

    Elle grimace en été sur ma peau boursouflée.

    Elle est fièrement plantée là.

    C'est la médaille d'une guerre censurée,

    Blessure honorifique, il paraît.

     

    Tu es une vilaine lésion née de tissus déchirés !

    C'est à cause de toi que j'ai dû rentrer.

    Faire demi-tour estropiée,

    Rapatriée par les pieds.

     

    Je la déteste pour ça, plus que pour la douleur

    Parce que j'ai dû abandonner l'envol.

    Sanctionnée au sol, clouée dans ma cuisse

    Par cette correctrice qui a insulté ma peau.

     

    Quand on me questionne,

    Je dis que c'est les barbelés

    Qui m'ont déchirée comme une évadée.

    Les barbelés qui se trouvent entre ici et là-bas.

    Je dis que c'est un requin

    Qui m'a descendu par le fond

    Alors que je nageais pour me barrer. 

    Je dis que le creux et les 24 traits blancs

    C'est sa mâchoire curatrice de poisson.

     

    Je dis pour parler, pour me laisser rêver,

    Pour faire de cette chirurgie quelque chose de jolie.

    Une longue couture blanche,

    Lézarde mystérieuse d'origine inconnue.

    Une trace qui m’identifie vivante et sûre.

    Une blessure, une aventure,

    Une souffrance, une légende,

    Une cicatrice …

     

     


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    texte de bruno toméra                                            ill. pascal ulrich 1997

     

     

     

    Des humains, j'en ai puisé deux amis
    c'est peu et énorme mais se donner
    en pâture demande une ouverture
    que j'ai condamné après que l'un
    d'eux repliant son extrait de naissance
    a tiré sa révérence d'un coup de lassitude avancée.
    Le slalom universel nécessite des entre-chats
    je sais si peu danser ou sur la corde raide
    me sentant plus à l'aise.
    Décalquer les traits d'une figure quand accessoirement
    tout vous parait vain est une prouesse de comédien,
    entendre les mots cent mille fois interprétés, fatigue,
    au lever du rideau l'impression du scénario est inchangé.
    Le maquillage de la séduction souvent se liquéfie
    sur le visage d'un clown triste le fard dégoulinant
    vers le pathétique enduit de la tête au pied.
    Les envolées émerveillées m'inclinent à rigoler au bout
    de quelques minutes si elles ne sont honnêtes, deviennent
    des habitudes fripées brandies d'un creux chapeau de magicien.
    L'amour, l'amitié sont des espaces non fléchés
    où le silence n'a nul besoin d'être meublé.

     

     


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