• remuer le silencecontrast.jpg
    texte de bruno toméra                                collage  jlmi  2014

     

     

    Remuer le silence jusqu'à ce qu'il bascule dans un vacarme assourdissant

    et me perdre dans la tendresse de ton repos

    quand les vagues de bombes s'apprêtent

    à calmer définitivement nos rages de dents

    quand les prisonniers fabriquent des cordes

    pour se pendre sous le dernier rire d'un lever de soleil

    quand les enfants sont prêts à être programmés

    dans les fichiers d'une invraisemblable justice scientifique

    quand des humains parmi d'autres humains sont emmurés

    dans le coma éthylique de la solitude absolue

    quand les êtres humains sont incapables d'êtres bons

     

    Remuer le silence jusqu'à ce qu'il bascule dans un vacarme assourdissant

    et me perdre dans la tendresse de ton repos ma Belle.

    Duo déséquilibré dansant sous des éclats de lune.

    Nous connaissons les hôpitaux psy et les regards désenchantés

    quémandant une autre intuition du monde

    nous connaissons les cages des flics et l'incompréhension

    les bagarres sordides et les gueules de bois burinées sous les coups

    de la haine et l'invention de l'amour dans les théories cupides

    de bras étouffants

    nous connaissons l'offense du mépris

    nous connaissons le rejet des animaux abandonnés

    et les bouts de nous mêmes écrasés sur la route des fous.

     

    Remuer le silence jusqu'à ce qu'il bascule dans un vacarme assourdissant

    et me perdre encore dans la tendresse de ton repos

    pour que le calme s'agenouille enfin près de nos âmes

    qui ne demandent rien à la vie et encore moins à la mort.

    Me perdre dans la tendresse  de ton repos

    ma main posée sur ton ventre

    ma figure enveloppée de ta chevelure rouge

    ma chair sensible contre ta chair sensible

    mon sourire échos de ton sourire.

    Me perdre encore dans la tendresse de ton repos

    Et puis repartir

    Remuer le silence jusqu'à ce qu'il bascule dans un vacarme assourdissant.

     


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  • texte gregory corso                                            collage   jlmi  2014

     

     

    A man crosses the street
    I stand on the corner applauding him
    -- he made it !

    Un homme traverse la rue
    Du coin de la rue je l'applaudis
    -- il a réussi !

    By the hammer
    By the blow
    -- the nail finds its way

    Par le marteau
    Par le coup
    -- le clou trouve le chemin

    The mother's talk
    The child's ear
    -- the plans of a kingdom burn

    Les paroles de la mère
    Les oreilles de l'enfant
    -- les plans d'un royaume brûlent

     

     


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  • texte de cathy garcia               ill. Omayra Sánchez d'après Frank Fournier

     

     

     

    zone dévastée
    tôles flottantes
    torrents glissements
    zone engloutie
    la gamine ne peut dire mot
    émettre un son
    sa bouche envasée
    sa langue d’eau
    souillée

    ses yeux noirs
    si noirs

    personne
    plus que fange
    pour la prendre dans ses bras
    et ses grands yeux noirs
    fixent la caméra
    le journaliste étranger
    qui l’immortalisera
    quelques minutes
    à l’autre bout du monde
    quelques minutes
    d’apitoiement

    entre fromage
    et dessert

     

     

    paru dans Pandemonium II

     


     
     


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    le ciseau & la plume... les ténèbres définitives

    sculpture poétique de jlmi sur la courte nouvelle "Trois jours" de Thomas Bernhard                 ill.jlmi

     

    … les premières impressions, le chemin déjà […]

    Se faire comprendre est impossible, ça n’existe pas.

    Et cela devient naturellement toujours pire et toujours plus fort,

    et il n’y a aucun salut ni aucun retour en arrière.

    Dans l’obscurité tout devient clair.

            Ce que je préfère c’est être seul

            C’est en fait un état idéal

    Ma maison est aussi en réalité, une gigantesque prison.

    Au fond je ne voudrais rien d’autre que d’être laissé en paix.

    […] De savoir que tout s’écroule autour de moi

    ou que tout devient ou non plus ridicule que ça n’est…

    ça n’a pour moi absolument aucun sens,

    et ça ne me conduit pas plus loin non plus,

    ça ne me conduit surtout pas à moi-même…

    […] Dans le contact des êtres humains

    il est aussi très bon d’interrompre brutalement la relation.

    […] et prendre continuellement la mélancolie en comprimé…

    […] Tentative de mettre le doigt sur des objets

    qui se dissolvent au moment même où

    l’on croit les avoir touchés.

    … et si possible, en fermant les yeux,

    accélérer la venue des ténèbres

    et ne rouvrir les yeux

    que lorsqu’on a la certitude d’être

    absolument dans les ténèbres,

    les ténèbres définitives.

     

     


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  • l'oeil & la plume... dites-moi où, en quel pays...

    texte jlmi                                                                                                        sur photo anonyme

     

    ... Sage paysage en noir et blanc.

    Impression diffuse d’être face à un négatif. Oui, sans doute.

     

    Au fond - au ciel ? - un arc de gris dégradés. Si nous étions sous les tropiques, ce pourrait être la naissance de l’astre d’un jour nouveau lorsqu’il se pare de ce rouge si profond.

     

    En premier plan, un ensemble symétrique de collines s’étale jusqu’à un horizon incertain. Incertain, car est-ce un horizon marin ou bien celui que l’on perçoit du haut d’un plateau, au fin bout des vallées des massifs érodés. L’élément marin semble l’emporter. Nul ne saurait y être surpris par l’odeur des goémons

     

    Ces collines sont désertiques, nulle végétation ne semble y vivre. On les croirait polies par les vents de tous les azimuts et les pluies de tous les ciels. Ceci renforce la probabilité d’un océan voisin. Seule la lumière joue ce jour sur les rondeurs et les souligne avec une infinie délicatesse.

     

    Ce qui surprend au premier regard dans ce paysage sage à l’extrême, c’est l’arrangement, l’harmonie autour d’un centre au galbe parfait, ensuite, c’est la végétation luxuriante posée là. L’idée de buisson vient de suite à l’esprit. Mais à la réflexion il faut bien convenir que c’est impossible, le paysage est bien trop large, ample. Ce buisson est au moins un bosquet et sa forme est le résultat de l’action continue des vents…

     

    L’esprit poursuit son lent travail. Un bosquet dans cette nature ? Pourquoi ? Quel secret peut-il bien dissimuler ? Et vient l’envie, violente, de gravir le Mont pour en explorer l’autre versant…

     


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