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    l'oeil & la plume...  à l'instant fulgurant

    texte de Annelyse Simao                                                                ill. jlmi  2004

     

     

    A l’instant fulgurant du jouir  se quitter sans songer
    à nos corps Nous parcourir  Revenir à l’étreinte au jet
    dans la suite la question du oui accompagne en continu

    A-t-elle un sens seulement pour elle
    dans la bouche conquise  où l’obsède
    cette pulpe ouverte sans que puisse jamais lui parvenir
    de certitude complète

    Il plonge en moi couchée Suis-je sous lui  au-dessus
    Lequel attire quel conquiert
    Qui des deux prend  qui des deux cède
    sinon l’une après l’autre
             sa lèvre et la mienne

    *

    Avant que son sperme ne commence à glisser  où m’ouvrir
    et m’investir je t’ai hissé d’avance du néant
    T’égrène par syllabes en prénoms  te cherche une danse
    forme ébauchée de ce qui vient

    Sens ce toucher d’un manque  il me court sous la peau
    Sors du rêve de plénitude  creusé par ton fardeau
    Vide au ventre Lancé dans mon corps par des songes
    sous leurs figures absentes je plonge
    où te pétrir une vie  risque un élan et la mort
    entre auparavant et désormais

    Dans un visage sonore pressenti distinct
    nous t’aurons choisi(e)  Jailli de notre ensemble
    grâce au geste tant de fois recueilli dedans nos voix
             mon cœur se déchirera ton appel

     

    Extraits de Dans un corps éloigné de mémoire, in Qu’il m’en reste partout, La Dragonne, 2005

     

     


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  • texte de murièle modély                                                            photo Brassaï*

     


     

    souvent
    quand nous faisons l'amour
    je pense
    au repas du dimanche
    le poids sur l'estomac
    cette ambiance empesée
    tous les deux le dimanche
    si cruellement gais
    chacun bien à sa place
    et de l'autre côté
    le verre
    l'assiette devant la chaise vide

    quand nous faisons l'amour
    je pense souvent
    au bréchet sous la dent
    le jus qui coule
    cette triste violence
    de la chair mâchée

    pendant que nous faisons
    j'entends
                   j'attends
    la reddition de l'os
    mes jambes écartées
    la douleur qui se tend
    dans tes muscles bandées

    nos corps qui trompent
    tu fais l'amour je baise
    sous la table je jette
    la torsion le plaisir
    les bouts de verre brisé

    dans le trou où tout tombe

    souvent

     

     * photo intitulée "le phénomène de l'extase"    c.1933

     

     


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  • texte de cathy garcia    lu & chanté par l'auteure

     

     

     


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  • l'oeil & la plume...  la promenade du peintre

    texte isabelle le gouic                       photo sandra sarraipa   from serie Banlieues

     

     

    Il marche

    en regardant ses pieds

    sur le bitume enneigé

    sur la ferraille des jours quand tout est gris

    tête basse

    tête perdue

    il marche

     

    Il marche

    dans le vague

    plonge dans le vide

    dans le blanc des pensées

    et se perd dans celui de la Ville

     

    Il marche

    en regardant ses pieds

    sur le bitume

    sur de vieilles habitudes quand tout fout le camp

    tête basse

    tête perdue

    il marche

     

    Il marche

    dans le vague

    plonge dans le vide

    d’un cercle

    où se perd chaque regard

    où s’égarer tout entier

     

    Il marche

    en regardant ses pieds

    sur le bitume

    sur des empreintes à emprunter

     

    En harmonie

    sans fronde

    il se confond

    avec elles

     

    Il marche

    dans le vague

    plonge dans le vide

    pour faire le plein de traces

     

    Puis il décide de tout mélanger

    dans sa tête

    tout associer

    la ferraille et les traces

     

    Tout confondre

    le bitume et la neige

    l’empreinte et  l’acier

     

    Quatre par quatre

    dans son esprit

    des images sont associées

     

    A présent

    il compose un carré tout enneigé

     

    Il y intègre le cercle

    et des formes variées

     

    Promeneur dans la Ville

    et promeneur dans l’imaginaire

    le peintre longtemps, longtemps

    s’imprègne  de ce mirage

    jusqu’à ce qu’il soit bien fixé

    dans sa mémoire

     

    Là, à présent, il sait qu’il peut fermer les yeux

    et attendre sa métamorphose en tableau

     

     


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