• l'oeil & la plume...

    textes et photo de jean-noël cuénod

     

     

    Nuages en chemises

    Qui passent en se boutonnant

    Et filent ailleurs

                Vers un ciel encor vierge

                Où il fera bon pleuvoir

    ****

    Miroir du ciel

    La plaine allume ses feux

    Et tend ses champs noirs

                Fusion confusion

                Terre porteuse de nuages

    ****

    Un chien aboie

    Et la nuit est trouée

    Comme une passoire 

                Des filets de lune tombent

                Sur les ombres des chemins

    ****

    Fumées sur la plaine

    Enveloppant la prairie

    Linceul odorant

                Ta main lâche ses oiseaux

                 Femme à feu et à ciel

    ****

    Joie dans les nuages

    Il fait beau il faut partir

    Un soleil au cœur

                Et toujours il y aura

                Quelque chose quelque part

    ****

    Rien n’est perdu

    Serre l’aube dans tes bras

    Et le jour vivra

                Tu feras naître un oiseau

                De cette étreinte solaire

     

     


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  • l'oeil & la plume...

    texte & portrait de  Geneviève Boudreau

     

    Ils n’ont pas su regarder ils ont laissé

    Vieillir le temps

    Le dernier miracle se balance

    À la poutre du garage

    C’est toujours la même voix

    Perdue la même voix de couteaux qui appelle

    La flèche se fiche dans l’œil

    Et la pomme tombe au sol

     

    Ils diront

    Que la terre est nue que la mer est sel

    Que l’air est rare

    Ils n’entendent pas

    Le bruit sourd de la pierre sur la cible

    Le crissement du sang gelé

    Sous la botte

     

    Ils appellent cela vivre

     

    Je vais plus vite j’aboie j’apprends comment

    Se creuse un passage

    Sous la clôture

     

    On laisse bien s’enfuir

    Les chiens

    Lorsqu’ils se mettent à mordre

     

     

    Geneviève Boudreau, « Ils n’ont pas su... », Comme on tue son chien, Éditions du Noroît, 2017, p. 21.

     


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  • texte de Marie-Andrée Gill         portrait par Max Antoine Guérin,2014  

     

     

     

    si je ne touche pas les lignes du trottoir

    si je me rends au troisième lampadaire sans

    m’arrêter de courir

    tout va bien aller

     

    ça n’existe pas c’est dans ma tête

    l’air de rien j’ai assez d’ongles pour

    m’accrocher au désordre

     

     

    le lac gruge un peu plus le ciment les gencives
                                                                en sang

     

    et j’ai envie que tout ça finisse au plus vite

    comme ce premier french sur le rempart

     

    (nous sommes partout égarés)

     

    des bancs

    des cèdres taillés

    et là, géants

    quatre tipis de béton

     

    dessus, des gravures

    un castor

    des raquettes

    un canot, un ours

    gris ciment

    gris évolution

    l’histoire tracée dans la fadeur

     

    Le rempart

     

    un temps impossible, gelé

    des poussettes, des gars chauds

     

    jour et nuit les chiens

     

    jour et nuit le pissenlit pousse

    dans la craque du béton

     

    et devant le lac,

    une chance,

    le lac.
     

    Marie-Andrée Gill, « si je ne touche pas... », Frayer, La Peuplade, 2016. 


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  • l'oeil & la plume...  une goutte

    texte de Sophie Marie van der Pas    toile de Sophie Brassart - Orgues marines

     

     

    Une goutte

    sans raison

    révèle l'instant de la source

    toute chose commence

    et traverse le cri

    de quelle veine coule-t-elle

    pour avoir gonflé le sang de trop de plaies

     

     

    Extraits de " Le silence sait attendre"

     

     


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