• l'oeil & la plume... Cahors, jour de marché

    texte de cathy garcia                                            ill.jlmi 2020 sur photo phillipe c

     

    Samedi matin, jour du marché à Cahors. Il pleut sur les buissons de parapluies et de poussettes, Éclaboussures colorées, manège des marchands, manège bleu des enfants. Il pleut. Trouver un abri. Brouhaha des voix, percolateur, tasses entrechoquées sur fond sonore des 80’s. Aristide Bruant pose sous le soleil pâle d’un néon. Au-dessus d’une grande et ancienne cheminée, un t-shirt peugeot avec un grand logo de supermarché, encadré sous verre. Sur un mur, Aubade et son décolleté pour pigeons, attire l’œil qui glisse sur le panneau tarif des consos, affiché juste au-dessus. Je tourne le dos au trophée peugeot, observe les passants qui passent, les entrées et sorties des personnages. Blondes à parapluies rouges, lunettes assorties. Les sacs à mains affichent les personnalités. Dehors, sous la pluie, les bébés plastifiés regardent les volutes des cigarettes exilées en terrasse. Nouvelle entrée d’un parapluie rouge, chignon tiré, lunettes dorées, la dame n’a pas trouvé ce qu’elle cherchait, remet les voiles. Blondes à talons aiguilles, blondes à chapeau, toutes de noir ou de jean vêtues. Diversité pas si diverse des pelages humains. Parapluie à carreaux pour les mamies indigènes. D’autres, les marchandes, déboulent en tablier avec le dynamisme des actives, arborant autour de la taille, bien accroché, le sac banane criard, ballonné à la mesure du gain de la matinée. Cahors, jour de marché.

     

    mai 2007 in Calepins voyageurs et après ?

     

    un clin d'oeil spécial à cg

     


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  • l'oeil & la plume... le Nom-Dit

    texte & portrait de marie allègre

     

     

    Quand cela ne s’appelle pas
    Ne s’appelle rien

     Tiny tender shells of a look, of a touch,
    Of a kiss
    Glittering nuts of a possibility
    Sparkles of a shivering hope1

    Tes flèches
    Cercles d’azur glacé
    Rieur pourtant
    Ces deux puits de ciel froid
    Comme un orage brûlant grondant
    Dessous le front
    Voilà qui m’arrête le cœur

    Ton cou est un poème
    Tu me fais comme du velours couleur blé
    Au fond du ventre

    Insoutenable pointe de la plus belle des teintes
    Déferlement de bleu floutant tous tes contours
    Tu me perces les yeux
    Ta chaleur me dissout

    Tu me fais craindre
    Ce que je connaissais
    Et l’ordinaire n’est plus

    L’empreinte de toi dans l’air
    Ombre à portée de nez
    Cruelle messagère
    Avant coureuse acmé

    Mais quand tu cèdes enfin tout contre moi tremblant
    Tout est encore possible

     

     

    1 – Minuscules coquilles tendres
         Regards, gestes, baisers
         Coquillages scintillants de possibles
         Eclats d’espoir tremblants
     
     

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  • texte & portrait de denise desautels

     

     

     

                            j’en veux

    encore, toujours plus, insatiable

    je veux les remuer à la pelle

    la mémoire, je l’agrippe

    comme autrefois

    cette médaille bénie

    une Vierge chassant les démons

    me cramponne à elle, la retiens

    pour nous deux, la mémoire

    ses empreintes rouillées

    par ta salive, et leurs figures

    insistent, descendent et montent

    de ma tête à ma paume

    sur le fil fou d’un yo-yo

    ton corps d’orante

    chargé de sombres vocables

    cognent dur les figures du souvenir

    se heurtent les unes

    les autres, indices bruyants

    qui molestent mes phrases

    chutes, sanglots, fatalité

    tout y passe, observe-la

    cette surenchère de nos deuils

    à la queue leu leu

    cette répétition de la fin

    en cercles concentriques, qui fauche

    notre maison en briques rouges

    sa voisine et la suivante

    la terre au grand complet

    comme un raz-de-marée

    cette cohue de fins, depuis

    que le monde sensible

    a commencé

    or, c’est mon affaire, c’est ma vie

    tu le sais bien, nos morts

    par poignées

    leur tatouage s’empourpre

    dans ma chair, dans ma bouche

    entre mes dents, leur débris d’âmes

    cependant on ne le dit pas assez

    leur vagabondage a lieu

    ailleurs, à distance, au-dessus

    de notre chaos humain

    déformé par l’écho

    les âmes, en chœur trépignent

    amour, envie, dévastation, colère

    peu importe, elles pataugent

    les âmes en déroute

    au fond de cette voûte

    ce Ciel extravagant

    le leur, le tien

    parfois c’est fou, maman

    on dirait des bandes de corbeaux

    pris au piège

    du Ciel, les âmes

                [...]

     

    Denise Desautels, « De futurs souvenirs », Pendant la mort, Montréal, Éditions Québec Amérique, 2002.

     

     


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  • l'oeil & la plume... Vale

    texte & portrait de catherine pozzi

     

     

    La grande amour que vous m’aviez donnée

    Le vent des jours a rompu ses rayons —

    Où fut la flamme, où fut la destinée

    Où nous étions, où par la main serrée

                            Nous nous tenions

     

    Notre soleil, dont l’ardeur fut pensée

    L’orbe pour nous de l’être sans second

    Le second ciel d’une âme divisée

    Le double exil où le double se fond

     

    Son lieu pour vous apparaît cendre et crainte,

    Vos yeux vers lui ne l’ont pas reconnu

    L’astre enchanté qui portait hors d’atteinte

    L’extrême instant de notre seule étreinte

                            Vers l’inconnu.

     

    Mais le futur dont vous attendez vivre

    Est moins présent que le bien disparu.

    Toute vendange à la fin qu’il vous livre

    Vous la boirez sans pouvoir être qu’ivre

                            Du vin perdu.

     

    J’ai retrouvé le céleste et sauvage

    Le paradis où l’angoisse est désir.

    Le haut passé qui grandit d’âge en âge

    Il est mon corps et sera mon partage

                            Après mourir.

     

    Quand dans un corps ma délice oubliée

    Où fut ton nom, prendra forme de cœur

    Je revivrai notre grande journée,

    Et cette amour que je t’avais donnée

                            Pour la douleur.

     

     

    Catherine Pozzi, « Vale », Œuvre poétique, Éditions de la différence, Paris, 1988 [1926].

     


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  • l'oeil & la plume... tes mains tenaces

    texte anne sexton                                                                                  ill. X

     

    Alors je pense à toi au lit, à ta langue moitié chocolat, moitié océan, aux maisons où tu entres avec désinvolture, à tes cheveux en laine d’acier, à tes mains tenaces et à comment le désir nous dévore lorsque nous sommes tous les deux. Comment tu viens et prends ma coupe de sang et nous lies ensemble et bois ma sève saline. Nous sommes nus. Nous nous sommes déshabillés jusqu’à l’os et ensemble nous nageons à contre courant dans cette rivière appelée Possession et nous nous y enfonçons ensemble. Personne n’est seul.

     

    Then I think of you in bed, your tongue half chocolate, half ocean, of the houses that you swing into, of the steel wool hair on your head, of your persistent hands and then how we gnaw at the barrier because we are two. How you come and take my blood cup and link me together and take my brine. We are bare. We are stripped to the bone and we swim in tandem and go up and up the river, the identical river called Mine and we enter together. No one’s alone.

    trad. jlmi

     

     


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