• l'oeil & la plume...

    Texte de key mignot                                                          ill. barbara le moëne

     

     

    Respiration saccadée.

    Bouffées de chaleur.

    C’est tellement intense qu’on a envie de tout saccager.

    Arracher ses vêtements, sa peau, son âme.

    Une envie de se laisser aller qui prend à la gorge.

    Un cri qui ne veut pas sortir, blotti dans les entrailles du monde.

    Monde qui tourne en rond. Perte de toute notion.

    Plus d’équilibre. Tout tremble.

    Le temps s’est arrêté.

     

     

    texte & illustration parus dans Nouveaux Délits n°65   janv 2020

     

    barbara le moëne

     

     

     

     

     

     

     

     


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  • l'oeil & la plume...

     

    texte de Marie Cholette                                                          photo  Yasin Akgul

     


    Nous avons perdu notre accastillage
    d’humanité
    notre âme cassée en morceaux
    par nos propres poings
    nous n’avons plus de mains tendues
    vers les populations civiles 
    ciblées par des barils de clous
    par des déversements de chlore

    nous les abandonnons 

    Syriens vos enfants dans des couveuses
    n’ont pas le temps de commencer à vivre
    que déjà la mort guerrière les décime
    impossible de sortir de l’hôpital
    visé par des bombes incendiaires
    et les médecins à l’humanité sans frontières
    gisent sur le sol avec leurs bistouris leurs forceps
    leurs peu d’outils de travail à la main

    pourtant ces hôpitaux
    font office d’arches de Noé
    supposées ne pas prendre l’eau
    alors que le déluge guerrier a lieu

    il n’existe plus pour vous
    d’endroit neutre 
    où de la nourriture des médicaments
    vous seraient distribués
    il n’existe autour de vous
    que des déserts dénués d’humanité

    piégés par des moussons de bombes
    destructrices
    enflammés par des torrents de feu
    jusqu’à votre âme que l’on veut brûler
    même les caves montant d’étage
    se trouvent au grand jour
    vous exposant tels des rats
    aux pièges tendus 
    par le machiavélique Bachar al-Assad

    j’ai entendu ce médecin 
    dans la Ghouta orientale assiégée
    un ami et confrère à qui je parlais 
    à l’autre bout du fil 
    tout à coup l’explosion furieuse des bombes
    et la conversation passée subitement
    de vie à trépas

    j’ai perdu le fil 
    la gorge nouée 
    le vide et un silence assourdissant
    soumis au gaz sarin de l’inhumanité
    je me suis effondrée

    rebelles au régime de Damas
    soutenus par l'Occident
    considérés comme terroristes
    par le tyran 
    et le camp de Palestiniens
    pris en étau
    et les Kurdes visés 
    par le pays voisin
    la trêve aura-t-elle lieu
    les rachitiques seront-ils nourris
    la paix un jour sera-t-elle 
    l’unique pays 
    l’éternité sur cette terre

     


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  • l'oeil & la plume... poème écologique

    texte de Jany Pineau                                                  dessin de Pat Thiébaut   

     

     

    Il devrait y avoir une collecte des déchets politiques
    Hop, un jeune à l’eau, hop une haute autorité à bazarder
    Hop, une charge contre le peuple, hop un gouvernement à éliminer
    On mettrait tout ça sur un coin de trottoir, avec interdiction de bouger
    Tout ça obéirait, un peu ficelé
    Et on l’enlèverait au petit matin
    Avec délicatesse. Bonjour !— on a du savoir-vivre —
    On le déposerait dans le tas des déchets politiques
    Un tas un peu malodorant faut bien dire
    On se pincerait un peu le nez
    Et on recyclerait encore un peu
    Ici, reconversion — on sait être gentil —
    Là, travail d’intérêt général à vie — eh oui, mon général
    Et là-bas, toxique, dangereux, peine perdue mais pas pour tout le monde
    Et pas d’excuses, c’est trop tard.

     


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    Cryin’ 

    There was a time
    When I was so broken-hearted
    Love wasn't much of a friend of mine
    The tables have turned, yeah
    'Cause me and them ways have parted
    That kind of love was the killin' kind

    Now listen
    All I want is someone I can't resist
    I know all I need to know by the way that I got kissed

    I was cryin' when I met you
    Now I'm tryin' to forget you
    Love is sweet misery
    I was cryin' just to get you
    Now I'm dyin' 'cause I let you
    Do what you do down on me

    Now there's not even breathin' room
    Between pleasure and pain
    Yeah you cry when we're makin' love
    Must be one and the same

    It's down on me
    Yeah I got to tell you one thing
    It's been on my mind
    Girl, I gotta say
    We're partners in crime
    You got that certain something
    What you give to me
    Takes my breath away

    Now the word out on the street
    Is the devil's in your kiss
    If our love goes up in flames
    It's a fire I can't resist

    I was cryin' when I met you
    Now I'm tryin' to forget you
    Your love is sweet misery
    I was cryin' just to get you
    Now I'm dyin' 'cause I let you
    Do what you do to me

    'Cause what you got inside
    Ain't where your love should stay
    Yeah, our love, sweet love, ain't love
    'Til you give your heart away

    I was cryin' when I met you
    Now I'm tryin' to forget you
    Your love is sweet misery
    I was cryin' just to get you
    Now I'm dyin' to let you
    Do what you do what you do down to me
    Baby, baby, baby

    I was cryin' when I met you
    Now I'm tryin' to forget you
    Your love is sweet misery
    I was cryin' when I met you
    Now I'm dyin' 'cause I let you
    Do what you do down to, down to, down to, down to

    I was cryin' when I met you
    Now I'm dyin' to forget you
    Your love is sweet
    I was cryin' when I met you

     

     


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  • l'oeil & la plume... le cheval couché (extrait bref)

    texte de xavier grall                                                             ill.Jacques Basse

     

     

    ... Nous portons dans nos têtes des siècles sacrifiés. Nous ramons à contre-courant dans un lac obscur, nous sommes les rameurs malades d'un océan vaincu à reconquérir, nous sommes les Celtes morts qui s'en reviennent, les chiens bleus et brisés de la route latine, nous sommes les fugitifs de la grande ombre asilaire, nous sommes partis sur nos barques sensibles, nous sommes les boucaniers insolents et les pilleurs de nos propres épaves, nous savons les algues et les marées... Maudits sans doute, mais il nous faut aller jusqu'au bout de la malédiction, afin de toucher enfin, libres, aux rives radieuses d'innocence.  

    ... Alors ceci: la bretonnité qui se tâte, s'éprouve, s'exaspère en se cherchant en dehors des règles et des parapets, serait-elle semblable à la négritude tragique de Harlem ou de Port-au-Prince?   

    ... A la fin, qui sommes-nous donc? Des voyants ou des aveugles? Des êtres libres ou de pitoyables aliénés?"

     


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