• l'oeil & la plume... ma précieuse, ma beauté

    texte murièle modély                                            photo © elena oganesyan

     

     

    passe la langue sur la crénelure au bas de mes reins
    mange de baisers cette trace de couteau
    ce souvenir d'un vélo volé 
    dans un temps 
    où tu n'existais pas
    ma peau était vierge, et maintenant te voilà
    à raviver du doigt mes petites blessures
    que ton corps descelle
    que mon corps te scelle
    ma précieuse
    ma beauté
    je baiserai moi aussi tes cicatrices
    ton champ de chagrins, ton lichen aigu
    nos matins lourds, nos nuits sans sommeil 
    sous tes seins pendus
    ma précieuse
    ma beauté
    tricotons de jambes, de bras 
    nos saisons confuses et nos cheveux blancs
    le temps
    file
    l'amour
    va

     

     


    votre commentaire
  • texte  amina saïd                                                        ill.  "alzheimer" jlmi  2019

     

     

    Le vieil homme dans la rue

    ne trouve pas le chemin de la maison

    le jour devenu étranger au jour

    deux aiguilles arrêtées à l’horloge du soleil

     

    il y a un chemin peut-être un escalier

    à gravir ou à descendre

    un miroitement dans les fenêtres du ciel

    une clé et une porte pour la clé

     

    quelque chose s’est arrêté

    le privilège de la mémoire

    ou est-ce le temps qui l’a oublié

    ou l’enfant qu’il a vu grandir dans le miroir

    ou ce  à quoi il rêvait quand il écrivait

     

    le plus beau des signes indique

    qu’il n’y a rien à comprendre

     

    juste une porte pour la clé

     

    le cheval de Troie n’était pas un cheval

    rien qu’une machine de guerre – la mort déguisée

    quand la vie se détourne (dit le vieil homme)

     

    l’avenir sera d’autant plus radieux

    qu’il ne sera pas (dit le vieil homme)

    puisque je suis à l’intérieur de l’instant

    où soudain il n’y a plus rien –

    et si terriblement éloigné de l’infini

    le poème comme la revanche de l’autre en soi

    le nu des choses

     

    avec une porte pour la clé

     

     

    in Siècle 21  n°24  2014

     


    votre commentaire
  • texte de jlmi                   photo stefan   "A million parallel realities (part two)"

     

    Le Tableau et lgrosjean  a Touriste

     

    C’était Florence.

    En cette semaine de juin, la chaleur était écrasante. Le thermomètre d’une pharmacie de la via Cavour avait indiqué trente huit degrés Celsius à l’ombre des hautes bâtisses du centre ville. Cela n’empêchait pas les étrangers déjà nombreux pour la saison de déambuler dans un intense désordre, mus par une frénésie consumériste culturelle. Devant presque tous les lieux visitables des queues s’allongeaient en s’alanguissant au fur et à mesure de  l’avancement de la journée.

    La palme en revenait sans conteste à la Galleria dell’Accademia assaillie pour le David de Michelangelo Buonarotti. Restauré depuis peu son pied presque cassé avait fait il y a quelques mois la une de la presse internationale. Chaque jour la queue courait le long des murs de la via Ricasoli, jusqu’à ceux de la Piazza Delle Arte pour se poursuivre dans la rue adjacente. Sur les cent cinquante à deux cents mètres du parcours, la ferveur – ou l’impatience ou la bêtise– des amateurs avait couvert les murs de signatures, de prénoms ou de noms de famille, de noms pays, de dates, de dessins, de poèmes dans toutes les langues, sur une hauteur de plus d’un mètre cinquante... Cette queue se formait plus d’une demi heure avant l’ouverture des portes. Elle devenait aussitôt un véritable organisme vivant. Certaines cellules patientaient assises ou allongées sur le trottoir, d’autres flirtaient sans retenues, d’autres encore assuraient le ravitaillement de quelque regroupement en café, viennoiseries ou sandwiches... des colporteuses tibétaines y offraient des foulards chatoyants, des bijoux de pacotilles ou des gilets de fines mailles métalliques, un kiosque ambulant tenu par un autochtone étalait à la convoitise des touristes des souvenirs au goût douteux à l’effigie du David, sous toutes les coutures, dans tous ses détails anatomiques, sur tous types de supports, probablement fabriqués très loin de là... Deux heures d’attente au moins étaient nécessaires dans cette rue devenue impraticable à toute circulation avant de pouvoir se retrouver face au David, ce miracle génial de l’art renaissant florentin, dans une bruyante bousculade pourvoyeuse de toutes les langues de la terre, sous le regard revêche des femmes-cerbères des lieux, aboyeuses hostiles au moindre éclair de flash, tout juste si elles n’exhibaient pas de stridents sifflets... Ambiance.

    Me revint en mémoire ma première visite ici. L’entrée sans attente dans une salle vide de visiteurs. Le très long moment passé dans le vaste hall, assis par terre, à contempler le chef d’œuvre... Quarante années avaient passé. 

    Où était le cocon douillet des années soixante ? ou celui perçu il y a encore cinq ans ... ? La ville était transformée, comme si elle ne s’appartenait plus.

     

    Les marchands italiens si volubiles de la place San Lorenzo avaient été remplacés pour une large part par des commerçants levantins ou indo-pakistanais jouant d’un pénible anglais de bazar... Même situation avec les vendeurs maghrébins ou africains de petits souvenirs, de jouets désuets ou de lunettes de soleil et de parapluies entre Duomo et Baptistère...

    Cette évolution mondialiste gagnait aussi la Loggia du Mercato Nuovo, via Calimala, derrière Orsanmichele, haut lieu de la maroquinerie florentine. C’en était à se demander d’où venaient les produits proposés.

    Dans certaine petite rue, les délicieuses et calmes trattorias étaient devenues des sandwicheries greco-orientales, des kebabs ou des épiceries afro asiatiques bouillonnantes de vie...

    A rebours, mais à effet aussi désagréable, l’ombreuse via dei Calzaiuoli, rutilait maintenant jusqu’à la Signoria des feux multicolores des enseignes des grandes marques internationales du luxe, miroirs aux alouettes pour riches touristes asiatiques et russes.

    Après tout ce tumulte mercantile, l’immense espace écrasé de soleil de la Signoria devant le Palazzo Vecchio et les Uffizi semblait étrangement vide. A cette heure de la journée, les terrasses des restaurants qui cernaient la place étaient encore désertes et ressemblaient à de gros chats endormis sous des arcs-en-ciel de parasols. Quelques pas de plus suffisaient pour admirer l’Arno toujours aussi langoureux et amusé par l’agitation brownienne régnant sur le Ponte Vecchio autour des vitrines des bijouteries et des maroquineries florentines de luxe. Le calme renaissait plus loin, sur l’autre rive, autour du Palazzo Pitti et du Boboli....

     

    D’heureuses et rares exceptions à toute cette agitation existaient.

    Proche de la Signoria, le vaste parvis de Santa Croce présentait un calme accablé de chaleur. Une brève queue permettait d’accéder à la nef, vaste vaisseau vide aujourd’hui de tous ses trésors déplacés vers un Museo dell’Opera di Santa Croce certainement plus lucratif ! Seuls, comme de somptueux symboles, les imposants tombeaux intransportables  de Galileo Galilei, de Niccolo Machiavelli à gauche et de Michelango Buonarotti à droite se faisaient face ! ( Le Duomo avait vu lui aussi ses chefs-d’œuvre délocalisés dans un Museo dell’Opera del Duomo... Autres temps, autres mœurs ! )

    La sereine Bibliothèque Laurentienne avait conservé tout autant la quiétude nécessaire aux somptueux catafalques de Julien et de Laurent Urbino de Médicis son fils – père de Catherine… -, oeuvres de Michelangelo Buonarotti. Imaginez,  le Jour, la Nuit, pour le père, le Crépuscule et l’Aurore pour le fils...

    Le Baptistère peu visité, malgré l’extraordinaire plafond du trecento tout imprégné de style byzantin de sa gigantesque coupole, offrait un peu de calme dans l’océan de frénésie régnant à l’extérieur.

    Enfin, la provinciale Piazza San Marco où l’entrée au couvent du Beato Angelico se fit sans attente et la contemplation des œuvres exposées dans l’Ospizzio et des cellules décorées par ce maître du quattrocento fut une douce flânerie en harmonie avec celles des rares visiteurs silencieux et émerveillés.

     

    Une atmosphère bien différente régnait aux Uffizi. Avec des billets acquis l’avant-veille, l’attente fut très brève. Ici, comme par le passé, la régulation des entrées évitait une foule dense dans les salles. Les visiteurs étaient le plus souvent discrets. Le calme n’était pourtant pas de mise du fait du passage régulier de groupes asiatiques courants derrière une conférencière agitant haut son foulard. Un unique arrêt dans chaque salle devant une seule oeuvre et les voilà repartis. Les derniers qui n’avaient rien pu entendre restaient là un instant sans savoir où donner de la tête, perdaient le groupe de vue, hésitaient, allaient et venaient, trouvaient enfin... Un vrai chemin de croix ! débuté dans la salle de Giotto dont l’intérêt réside toujours dans une éblouissante Annonciation en retable de Simone Martini.

    La salle de Botticelli parut plus fréquentée pour son îlot central de bancs, bruissant en sourdine de conversations anglo-saxonnes, que pour les immenses chefs d’œuvre de ce maître sensuel. Bonheur de la Naissance de Vénus. Joie du Printemps. La débauche florentine des Médicis avant la tempête puritaine de Savonarole. Petite déconvenue, les reflets dans les immenses vitrages chargés de la protection des toiles.

    Après les richesses italiennes du Haut Moyen-Âge et de la Renaissance de l’aile est, un calme précaire habitait l’aile ouest plus cosmopolite moins fréquentée, délaissée par les groupes asiatiques. Les salles sont ici plus intimes, voire de la taille d’une simple cellule dédiée à quelques toiles. La tentation était forte de passer rapidement après la fatigue déjà accumulée. Seules quelques oeuvres attiraient encore un oeil à saturation.

    Dans une de ces alvéoles consacrées aux peintres toscans jaillit la lumière d’une oeuvre de toute petite taille du cinquecento. Sur fond lointain de nature en sfumato, le portrait très clair d’une toute jeune femme à la chevelure en feu d’un blond vénitien, arrangée d’une façon étonnamment contemporaine : un nuage de boucles sur une coupe mi longue, presque un carré. Les lèvres pâles esquissent un faible sourire démenti par des yeux verts rieurs. La peau est très claire, presque laiteuse. On devine à sa surface les très légères traces bleutées des veines. L’artiste n’a pas omis çà et là quelques taches de rousseur. L’encolure sage de la robe au tissu vert pâle piqueté de fleurs blanches signe le tableau. La tonalité d’ensemble est très botticellienne. Contemplation. Evasion...

    Légère bousculade. L’« Excuse me » d’une voix féminine au fort accent américain.... Atterrissage ! Un regard rapide accompagné d’un « ... n’y a pas d’mal » en direction de la voix qui admirait aussi la petite toile. Retour à la contemplation. Analyse à retardement de l’image du  portrait vivant fixée dans mon cerveau. Surprise. Nouveau regard. Mon visage dut présenter une réelle expression ébahie car un amusement certain apparut dans les yeux de ma jeune voisine. Je revins au tableau. Aucun doute. J’étais à côté du modèle. Par dessus les siècles, elle était là. Stupéfiant. Même visage pâle, mêmes cheveux de feu arrangés d’identique façon, mêmes taches de rousseur, mêmes yeux liquides, seul le vêtement différait... Incroyable. Je me tournai de nouveau vers elle pour lui... Je vis sa silhouette s’inscrire dans le flux qui coulait vers la salle suivante. Elle se tourna vers moi, me sourit et au moment de disparaître, lâcha un petit rire au sens incertain...

     

    Je restai seul, figé, unique spectateur de ce visage d’une jeune toscane du cinquecento. Personne ne s’y arrêta plus. Pourquoi m’avait-il retenu ? Pourquoi fut-elle à mes côtés à cet instant ? Pourquoi cette ressemblance ? L’avait-elle discernée en même temps que moi ou le savait-elle avant d’arriver là ? Pourquoi face à cette ‘’coïncidence’’, ce départ précipité ? Pourquoi...

    Ma visite des Uffizi s’arrêta là. Le reste n’eut plus d’importance. Trop préoccupé par ce hasard je n’avais pensé à regarder ni le titre du tableau ni le nom de son créateur ! Je conserve seulement les images de deux visages, l’un réel, l’autre virtuel... images ‘’cousues’’ ensemble dans ma mémoire, chacune doublure de l’autre.

     

    Dehors, l’air de la Signoria était irrespirable. L’ombre aux terrasses n’apportait aucun réconfort...

    Florence resterait donc toujours une ville de rêve éveillé.

     

     

     


    1 commentaire
  •  

    l'oeil & la plume... qui es-tu toi ?

    texte et illustration   cathy garcia

     

     

    Qui es-tu toi

    portée de vagues

    qui me creusent ?

     

    Qui es-tu toi

    entrée sans frapper

    à la porte du monde ?

     

    Qui es-tu toi

    pour me donner

    autant de joie ?

     

    Qui es-tu toi

    cherchant mon sein

    pour l’engloutir

    et mon cœur avec ?

     

    Qui es-tu toi

    qui pleures, qui cries

    à qui veut entendre

    je vis, je vis ?

     

    Qui es-tu toi

    perchée au bord

     de mes sourires ?

    Une fée ? Une angelette

    égarée dans mes plis ?

     

    Qui es-tu toi

    que j’ose appeler

    ma fille ?

     

    Qui es-tu toi

    qui a donné sens

    essentiel

    à ma vie ?

     

    Chut !

    Ne dis-rien

    garde ton secret 

    Laisse-moi simplement

    t’aimer.

     

    2003

     

    in Calepins voyageurs & après ?

     


    votre commentaire
  • " L’idée est venue de la vidéaste et photographe Brigitte Cornand (avec qui a travaillé Guy Debord avant de se suicider) qui, en 1995, a suggéré à Louise Bourgeois l’idée de « slammer » sur le texte « Otte » écrit par la réalisatrice avec en fond la musique de Ramuntcho Matta.
    Louise Bourgeois s’est alors amusé à jouer sur le suffixe et la sonorité de la syllabe ‘otte’ qui détourne le sens orignal des mots en en créant de nouveaux totalement inventés. Et le résultat est à son image, surprenant, décalé et profondément poétique. Big Up Louise ! " (apar TV)

     

    Il découvre
    un vaccin
    Elle dégotte
    un canapé à l'Hôtel des ventes

    Il est un diseur, elle calembourgeotte
    Il parle, elle parlotte
    Il joue à la bourse, elle boursicotte
    Il cuisine, mais elle popotte
    Il transporte, elle fourgotte
    Il siffle, mais elle sifflotte
    Il touche, elle touchotte
    Il tousse, elle toussotte
    Il bouqine, elle bouqinotte
    Il vit, elle vivotte Pour son pote, elle est idiote
    Avec son pote, elle dansotte

    Je suis un beau vieillard, mais tu es vieillotte

    La littote a été la bouée de sauvetage de Lisotte
    Louise est une momotte (elle fait des mots)
    Créosotte (Louise joue sur les mots, elle crée, donc elle est une créosotte)

    Charlotte à la crème / Charlotte à la crotte
    Notes sur Charlotte
    Qui est Charlotte ? Une idiote

    Il escamote les crottes contre les carottes
    Des bécottes

    Idiote sans dot, elle se fagote, se chapotte,
    Et se culotte comme une cocotte

    Dans sa cocotte, elle fricotte, elle popotte
    Des compotes

    Les cloportes de la poivrote trottent et rotent

    Charlotte, l'idiote, vivote et souffrote
    Elle se fagote et se chapotte
    Comme une berlingotte
    Elle boursicote des échalottes
    Dans sa gnognotte
    Elle ne mange pas, elle chipotte

    La femme de l'amigo est une amigotte
    La crapotte est la famme du crapaud
    La chamotte est la femme du chameau

     

    Source

    https://mercerieambulante.typepad.com/mercerieambulante/2019/03/le-8-mars.html

     


    votre commentaire