texte Murièle Modély                              ill. jlmi2026

 

Grande fatigue, la peur lâche ses drones
petits oiseaux au bec pointu qui pilonnent


Dans la rue, la misère des corps et des mots monte
des hommes fouillent les poubelles, des femmes interpellent

des enfants aux joues rougies demandent des pièces 
des gâteaux rassis devant les boulangeries 

où la crasse, la crainte et les fourmis se disputent une place

 
Dans la rue, des silhouettes dessinent des ombres avides 
devant les vitrines surexposées des magasins de centre ville
Derrière les façades dans les bureaux, des hommes sûrs d'eux qui boitent

réparent leur sentiment d'humiliation à coup d'aventures extra-conjugales

ou vomissent à gros jet leur haine de l'autre


Les riches, les pauvres ne vivent pas la même langue
ne partagent pas la même histoire, ne fraient pas sur la même planète

ou à peine

quand se heurtent les odeurs âcres et sures de leurs terreurs 

les balles perdues que les mieux lotis espèrent 

fracasser au sol plus faibles qu'eux

 

Grande fatigue, les fins de journée étouffantes se répètent 

sous nos yeux crevés qui saignent

 

 

 

 

Retour à l'accueil