l'oeil & la plume... j’aime tant l’amour
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texte Albert Camus ill. Félix
Oh oui, il l’avait aimée d’un grand amour de tout le cœur et le corps aussi, oui, le désir était royal avec elle, et le monde, quand il se retirait d’elle avec un grand cri muet au moment de la jouissance retrouvait son ordre brûlant, et il l’avait aimée à cause de sa beauté et de cette folie de vivre, généreuse et désespérée, qui était la sienne et qui lui faisait refuser, refuser que le temps puisse passer, bien qu’elle sût qu’il passât à ce moment même, ne voulant pas qu’on puisse dire d’elle un jour qu’elle était encore jeune, mais rester jeune au contraire, toujours jeune, éclatant en sanglots un jour où il lui avait dit en riant que la jeunesse passait et que les jours déclinaient : « oh non, oh non, disait-elle dans les larmes, j’aime tant l’amour », et, intelligente et supérieure, elle refusait le monde tel qu’il était.
in le premier homme