Ponçage toujours
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texte Charlotte Minaud ill. jlmi 2026
Ponçage toujours, tous les jours. Le goût de la poussière sur la langue. Comme un goût de cendres. Toute l’amertume du chantier en une saveur concentrée. Celle de la sueur salée des maçons. Celle du marteau pointe du menuisier. Celle du métal coupé des gaîneux. Celle du sourire du plombier. Celle des poignées de main rudes et calleuses des collègues. De tous les collègues. Rudes. Une main douce dans la sienne c’est comme une surprise. Presque un accident. C’est comme un bonbon pour les doigts. On a envie de la retenir. La douceur de la main. Douce. On l’imagine propre, toujours. On l’imagine chatoyante, dans son salon. On l’imagine, savante avec les mots. On l’imagine, douce sur sa joue. On la retient. Encore un tout petit peu. Pas celle des collègues. Et toujours dans la bouche, cette saveur de labeur. Comme une aigreur.
Murs/Fragments de chantier