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    le ciseau & la plume... les ténèbres définitives

    sculpture poétique de jlmi sur la courte nouvelle "Trois jours" de Thomas Bernhard                 ill.jlmi

     

    … les premières impressions, le chemin déjà […]

    Se faire comprendre est impossible, ça n’existe pas.

    Et cela devient naturellement toujours pire et toujours plus fort,

    et il n’y a aucun salut ni aucun retour en arrière.

    Dans l’obscurité tout devient clair.

            Ce que je préfère c’est être seul

            C’est en fait un état idéal

    Ma maison est aussi en réalité, une gigantesque prison.

    Au fond je ne voudrais rien d’autre que d’être laissé en paix.

    […] De savoir que tout s’écroule autour de moi

    ou que tout devient ou non plus ridicule que ça n’est…

    ça n’a pour moi absolument aucun sens,

    et ça ne me conduit pas plus loin non plus,

    ça ne me conduit surtout pas à moi-même…

    […] Dans le contact des êtres humains

    il est aussi très bon d’interrompre brutalement la relation.

    […] et prendre continuellement la mélancolie en comprimé…

    […] Tentative de mettre le doigt sur des objets

    qui se dissolvent au moment même où

    l’on croit les avoir touchés.

    … et si possible, en fermant les yeux,

    accélérer la venue des ténèbres

    et ne rouvrir les yeux

    que lorsqu’on a la certitude d’être

    absolument dans les ténèbres,

    les ténèbres définitives.

     

     


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  • le ciseau & la plume... les vagues (collage)

    texte Virginia Woolf                          photo Ploumanac'h en décembre   jlmi 2007 

     

    À mesure qu’elles approchaient du rivage chaque barre se soulevait, s’enflait, se brisait et balayait un fin voile d’eau blanche sur le sable. La vague s’arrêtait, et puis se retirait à nouveau, soupirant comme un dormeur dont le souffle va et vient inconsciemment.

    Le soleil s’éleva plus haut. Des vagues bleues, des vagues vertes balayèrent la plage de leur vif éventail, contournant la hampe du chardon des dunes et laissant des flaques de lumière ça et là sur le sable. Elles y laissaient un léger cerne noir après leur passage. Les rochers qui avaient été brumeux et doux se durcirent et se balafrèrent de crevasses rouges.

    Tout devenait doucement amorphe, comme si la porcelaine de l’assiette coulait et que l’acier du couteau était liquide. Pendant ce temps la commotion que produisaient les vagues en se brisant tombait avec des bruits sourds, comme tombent des rondins, sur le rivage.

    Le vent se leva. Les vagues battaient le tambour sur le rivage, comme des guerriers en turbans, comme des hommes en turbans aux sagaies empoisonnées qui, faisant tournoyer en l’air leurs armes, marchent sur les troupeaux à la pâture, les blancs moutons.

    Les vagues se brisaient et répandaient vivement leurs flots sur le rivage. L’une après l’autre, elles s’enflaient et puis retombaient ; leurs embruns revenaient sur eux-mêmes dans la violence de leur chute. Les vagues étaient baignées d’un bleu profond mais un motif de lumière piquetée de diamants ondulait sur leurs dos comme ondulent les muscles sur le dos des grands chevaux quand ils se déplacent. Les vagues tombaient ; refluaient et tombaient à nouveau, comme le piaffement sourd d’une énorme bête.

    Les vagues se ramassaient, courbaient leur échine et s’écrasaient. Faisaient gicler des jets de pierres et de galets. Elles se répandaient autour des rochers et les embruns, bondissant très haut, éclaboussaient les parois d’une grotte jusque-là encore sèche, et laissaient sur le rivage des trous d’eau, où fouettait la queue d’un poisson échoué là alors que refluait la vague.

    Comme s’il y avait des vagues d’obscurité dans l’air, l’obscurité avançait toujours, recouvrant maisons, arbres, collines, comme les vagues de la mer baignent les flancs d’un navire englouti. L’obscurité baignait les rues, tourbillonnant autour de silhouettes isolées, les submergeant ; effaçant les couples enlacés sous l’averse obscure des ormes en feuillage de plein été. L’obscurité roulait ses vagues le long des chemins herbeux et sur la peau ridée du gazon, enveloppant le buisson d’épine solitaire et les coquilles vides d’escargots à son pied.

    Et en moi aussi la vague monte. Elle s’enfle ; elle fait le gros dos. Je sens renaître en moi une fois encore un désir neuf, quelque chose qui monte au-dessous de moi comme le fier cheval que le cavalier éperonne et retient tour à tour.

    Les vagues se brisaient sur le rivage.

     

    Extraits de Les Vagues de Virginia Woolf : collage

    (Traduction de la Bibliothèque de la Pléiade)

     

    Choix de Dominique Zinenberg  /  Francopolis

     


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  • le ciseau & la plume... un ruisseau de solitude

    sculpture poétique de jlmi sur Thérèse & Isabelle de Violette Leduc                                                                  ill. jlmi 2012

     

    Faites que la nuit n’engendre pas la nuit.

    J’ai une pieuvre dans le ventre.

    L’amour est une invention épuisante.

    Elle flatte la nuit dans mes cheveux.

    La caresse est au frisson ce que le crépuscule est à l’éclair.

    Je vois sous mes paupières.

    J’écoute la lumière dans la caresse.

    J’entends un déluge de pierres.

    Mon corps prends la lumière du doigt comme le sable prend l’eau

    Puis, des mots soutirés au silence et rendus aux ténèbres de sa patrie de dormeuse.

    L’araignée me happe le sexe.

    Je me veux pierre, une pierre dont les yeux sont des trous

    Je vous regarde , je vous regarde lui crient mes yeux.

    Je suis fondue de chaleur comme un fruit, j’ai le même écoulement de liqueur.

    Mes chairs en lambeaux tombent sur des dentelles et finalement j’entends la rumeur des tragédies antiques.

    Je l’attends avec une pleureuse dans le ventre.

    A l’étroit entre les murs de ma joie, où pourrais-je user le temps ?

    Il tombe du crépuscule dans la traversée de l’essaim de sonorités, le temps guindé à l’horloge me caresse.

    J’entre dans un nuage, c’est une orgie de dangers.

    Elle piaffe dans le lit pendant que par timidité je pose nue dans les ténèbres.

    Je me lance dans un éboulis de tendresse, j’apprends l’infini dans mes formes, la pieuvre dans mes entrailles frémit.

    J’ai de la drogue dans les talons, ma chair visionnaire rêve.

    Je me sens toute neuve. Mon sexe, ma clairière.

    Je me veux une machine qui ne soit pas machinale.

    Je vois avec les yeux de l’esprit la lumière dans sa chair.

    Deux rosaces s’épousent…

     

    Nous créons la fête de l’oubli du temps, nous roulons enlacées sur une pente.

    Nous cessons de respirer pour l’arrêt de vie et l’arrêt de mort.

    Vivantes, allongées, flottantes, séparées, recueillies… qu’il est frais le ruisseau de solitude.

    Nous sommes ruisselantes de lumière.

    L’aube sera notre crépuscule d’une minute à l’autre.

     

     

     

     


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  • l'oeil & la plume...

    texte jlmi          performance à sao paulo par Marcos Bulhoes et Marcelo Denny

     

     

    Les victimes abêties du consumérisme accrochées,

    tels des fantômes fatigués,

    à leurs chariots remplis d’illusions multicolores,

    perfection du rien, de l’absence ;

    de l’inachevé pour toujours.

     

    (sculpture poétique sur la petite Chartreuse de pierre péju)

     


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  • Sculpture poétique de jlmi sur les dialogues des Ailes du désir    

    de Wim Wenders    

     

    le ciseau & la plume...  le pauvre chantre immortel

                                                                                                            ill. jlmi  2011/2020

     

     

    Pour abolir l’éternité

    tu butes sur tes couleurs.

    Mettre à part les couleurs.

    Dans une aquarelle de Paul Klee ?

     

    Quand commence le temps ?

    Au lieu de savoir, deviner, simplement.

    Laisser survenir le lever du bord du monde avec ses propres mots.

    Ne plus penser à rien, voir les visages.

    Juste voir les visages ; saisir peu de chose.

    A l’intérieur des yeux fermés, fermer encore les yeux.

    Alors même les pierres se mettent à vivre

    dans les taches des premières gouttes de pluie.

     

    La belle inconnue d’Albert Camus,

    comme le monde, paraît se noyer dans le crépuscule.

    des troubles du présent.

    C’en est fini du Grand Souffle,

    du Va et Vient

    de l’épopée de la Paix.

    L’Humanité perd son enfance.

    Où sont les miens, les obtus ?

    Ceux des origines ?

     

    Le pauvre chantre immortel

    sur le seuil du no man’s land

    se serait occupé de moi

    mouche enfermée dans l’ambre

    sans exiger de droit de passage

    entre les lignes du terrain vague

    C’est débile d’accord

    mais ça aussi c’est débile…

    «  Viens, je vais te montrer autre chose »

    Pourquoi tes pensées s’égarent-elles ?

    Le soir tombe dans ma tête. La peur…

    Arrêter ce rêve pas encore rêvé

     

    Les rondes, les signes et l’écriture jaillie du cercle…

    Seules les flaques du présent frémissent

    Seules les traces les plus anciennes mènent plus loin

     

    Tu dois trouver seul,

    c’est ce qu’il y a de beau !

    Marcher et voir. Lever les yeux et devenir le monde.

     

    Il était une fois… et donc il sera

    pauvre chantre immortel…

    car ils auront toujours besoin de toi plus que rien au monde

     

    oOoOo


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