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    l'oeil & la plume... Ay la Lune

    texte de cathy garcia                                                              ill jlmi 2013

     

     

    Signal de départ

    Pour la singulière multitude

    Métissée sous la lune

    La lune !

    Elle nous en chantera

    Des fables et des n’importe quoi

    Des airs de rien, de grands chemins

    Musique de vent et de vauriens

    Mais aujourd’hui comme hier

    L’aube désenchante

    Aimable l’air de rien

    Le quotidien nous rhabille

    Une belle blouse de travail

    Le blues sous le chandail

    Le train de la vie…

    Vous êtes à bord mais de justesse

    De peu et vous le manquiez !

    Voici le formulaire

    Remplissez-le

    C’est en haut à gauche

    Qu’il vous faut saigner

    Alors vous offrez votre veine

    En songeant à la lune

    Aux petites louves

    Illuminées

    La lune !

    Elle vous en chantera

    Des fables et des n’importe quoi

    Des airs de rien, de grands chemins

     

    Musique de vent et de vauriens.

     

     


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  • l'oeil & la plume...  Et  Breizh fut, est  et  sera  (extrait 2)

    texte lomi lomi                                           ill. tapisserie celtique "l'arbre de vie"

     

    Légendes Celtes
    Les fées s'endorment en Brocéliande
    Chut...Merlin veille

    Entre ajoncs et genêts
    Ma celtitude une certitude
    Des ors pour la lande

    Par delà le marais
    la bombarde s'époumone
    Etrange son qui m'émeut



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  • l'oeil & la plume... haïkus de Bretagne

    texte lomi lomi                                                 ill. "la collection des Fées"  jlmi

     

     

    Récolte de mer
    Le varech ondule comme chevelure
    Belle Ophélie

     

    Equinoxe en marée
    L'estran offre ses trésors cachés
    Flop flop sous les pas

     

    Coquilles cassées
    Les nacres percées se font perles
    Colliers pour fillettes


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  • l'oeil & la plume... le scaphandrier

    texte René Baer    ill jlmi  2021

     

    Mets ton habit, scaphandrier
    Descends dans les yeux de ma blonde,
    Que vois-tu, bon scaphandrier ?

    "Je vois un étrang' attirail :
    Des fleurs, des oiseaux, du corail,
    Et de l'or en fines paillettes."

    Mets ton habit, scaphandrier
    Descends dans le coeur de ma blonde,
    Que vois-tu, bon scaphandrier ?

    "Je vois une source très pure,
    Je vois des rires et des deuils,
    Un oasis près d'un écueil..."

    Mets ton habit, scaphandrier,
    Et dans le cerveau de ma blonde
    Tu vas descendre, que vois-tu ?

    Il est descendu, descendu...
    Et dans les profondeurs du vide
    Le scaphandrier s'est perdu....

     


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  • l'oeil & la plume...  le rendez-vous

    texte murièle modély    photo  maurice-louis branger

     

     

    Je la retrouve tous les lundis dans le café près de la gare. Dans une salle petite, bruyante et très fréquentée. Le café est à proximité du lycée professionnel. A côté des habitués accoudés au bar, l'haleine chargée dès huit heures du matin, il y a des jeunes qui rient fort et chahutent avant le début des cours. J'en connais certains, mais je ne parle avec aucun d'entre eux...

    Je m'installe généralement près de la fenêtre pour avoir un peu de lumière, car les lambris aux murs ont pris une patine sombre, mélange de gras et de fumée de cigarettes. Les rideaux sont sales, mais cela m'est égal que la poussière me picote les yeux...
    Je la regarde, elle m'ignore. Elle suçote le bord de son verre d'eau.
    Nous ne sommes pas assises à la même table ; une banquette, parfois deux nous séparent. Selon les jours et son humeur, elle m'offre le spectacle de sa nuque, ou celui de sa bouche qui chipote son eau minérale...

    Il y a en fond sonore la radio, le rire de jeunes et les raclements de gorge sporadiques et glaireux de quelques hommes âgés. Les verres cliquètent sur le comptoir en inox. Le serveur fait glisser énergiquement les tasses sur l'étagère métallique. Le patron tripote régulièrement sa caisse enregistreuse.
    Des pièces tombent au sol. Des talons claquent. La porte du café s'ouvre et se ferme en grinçant.
    L'ensemble produit une mélodie discordante, mais je n'entends rien...

    Parce que je mets mes mains contre mes oreilles. Et parce que m'isoler du monde extérieur me permet d'absorber Pélagie, en entier, dans ma tête. Ce n'est pas difficile, elle n'est pas épaisse.
    Elle a un visage émacié, deux billes vertes perdues dans les orbites, et des tas de petits os autour. Pélagie est très maigre : sa tête est une minuscule balle perchée sur une brindille.

    Je reste juste immobile, dans cette salle, à la regarder suçoter son verre du bout des lèvres. Je respire à peine pour ne pas la faire basculer de sa chaise sur le sol. Je me mords les joues pour ne pas pleurer. Saleté de poussière.
    Je pense à avant, quand son rire charnel m'enveloppait de son odeur de sucre. Avant, quand je n'avais pas peur de voir son corps se désintégrer bruyamment. J'essaie en vain d'ignorer le squelette de verre à travers sa peau translucide.

    Si je viens tous les lundis au café, c'est pour m'assurer que cette fois encore, elle ne s'est pas brisée en mille morceaux. Et aussi pour continuer à croire que peut-être...

    Elle me parle quelquefois. Sans lever les yeux. Elle décoche un "Dégage", ou mieux trois mots "Me regarde pas". Je la préfère silencieuse. Dès qu'elle ouvre la bouche, ses dents claquent et font un bruit perçant désagréable. Si je m'écoutais, je me jetterais sur elle, pour la faire taire d'un baiser...

    Oui, je voudrais pouvoir poser ma bouche sur ses lèvres gercées.
    Je viens tous les lundis pour ça. Et je sais qu'elle vient aussi ce jour, pour bien me signifier tout ce que je n'aurai pas.
    Elle me l'a dit la dernière fois où nous étions assises à la même table. Elle ne peut plus m'embrasser...
    Pas à cause de mon corps lourd ou de mon visage poupin... Pas seulement non.
    Ma salive trop riche la révulse. Elle doit dorénavant se passer de mes baisers.

     

     


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