• l'oeil & la plume... la magie noire

    texte anne sexton                                 photo ian cook / anne sexton & ses filles

     

     

    Une femme qui écrit est trop sentimentale,
    toutes ces transes et ces présages !
    Comme si les cycles, les enfants et les îles
    ce n’était pas assez ; comme si les deuils, les commérages
    et les légumes ne suffisaient jamais.
    Elle pense qu’elle peut mettre en garde les étoiles.
    Une écrivaine est par essence une espionne.
    Cher amour, je suis cette femme.

    Un homme qui écrit est trop savant,
    tous ces sorts et ces fétiches!
    Comme si les érections, les congrès et les produits
    ce n’était pas assez ; comme si les machines, les galions
    et les guerres ne suffisaient jamais.
    Avec des meubles d’occasion il fait un arbre.
    Un écrivain est par essence un escroc.
    Cher amour, tu es cet homme.

    Sans jamais nous aimer nous-mêmes,
    haïssant même nos chaussures et nos chapeaux,
    nous nous aimons l’un et l’autre, mon trésor, mon trésor.
    Nos mains sont bleu pâle et douces.
    Nos yeux sont remplis de confessions terribles.
    Et puis, quand nous sommes mariés,
    les enfants nous quittent dégoûtés.
    Il y a trop à manger et plus personne
    pour absorber toute cette drôle d’abondance.

     

    traduction Patricia Godi.

     


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  • l'oeil & la plume...

    texte de richard brautigan                                                    ill. brautigan par xyz

     

    Certains croient
    que l’homme
    est un fils de pute.

    Certains croient
    que l’homme est un ange
    sans ailes.
    (une pensée plutôt
    morbide.)

    Je crois que tous
    ont tort et raison.

    J’ai aussi
    quelques idées à moi.

    Plus
    ou
    moins.

     


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  • l'oeil & la plume... un samedi soir sur la terre

    texte francis cabrel                                                       ill. jlmi 2021 sur photo Z

     

    Il arrive, elle le voit, elle le veut
    Et ses yeux font le reste
    Elle s'arrange pour mettre du feu
    Dans chacun de ses gestes
    Après c'est une histoire classique
    Quelque soit la fumée
    Quelque soit la musique
    Elle relève ses cheveux, elle espère qu'il devine
    Dans ses yeux de figurine
    Il s'installe, il regarde partout
    Il prépare ses phrases
    Comme elle s'est avancée un peu
    D'un coup leurs regards se croisent
    Après c'est une histoire normale
    Le verre qu'elle accepte, et les sourires qu'il étale

    En s'approchant un peu, il voit les ombres fines
    Dans ses yeux de figurine
    Pas la peine que je précise
    D'où ils viennent et ce qu'ils se disent
    C'est une histoire d'enfant
    Une histoire ordinaire
    On est tout simplement, simplement
    Un samedi soir sur la terre
    Un samedi soir sur la terre

    Ils se parlent, ils se frôlent, ils savent bien
    Qu'il va falloir qu'ils sortent
    Ils sont obligés de se toucher
    Tellement la musique est forte
    Après, c'est juste une aventure
    Qui commence sur le siège arrière d'une voiture
    Il voit les ombres bleues
    Que le désir dessine

    À son front de figurine
    Pas la peine que je précise
    D'où ils viennent et ce qu'ils se disent
    C'est une histoire d'enfant
    Une histoire ordinaire
    On est tout simplement, simplement
    Un samedi soir sur la terre
    Un samedi soir sur la terre
    Pas la peine d'être plus précis
    Cette histoire est déjà  finie
    On en ferait autant
    Si c'était à  refaire
    On est tout simplement, simplement
    Un samedi soir sur la terre
    Un samedi soir sur la terre
    Un samedi soir

     

     


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  • l'oeil & la plume...  nous sautions le mur

    texte jim morrison                                                                          ill. jlmi 2021

     

     

    Nous sautions le mur
    Nous errions parmi les tombes
    Des ombres spectrales nous poursuivaient
    Pas de musique.
    Dans la brume nous sentions la fraîcheur de l’herbe
    Deux faisaient l’amour dans un coin sombre
    Quelqu’un chassait un lapin dans la nuit
    Une fille se saoulait
    Et baisait les morts
    Et j’avais la tête pleine de sermons retors.
    Cimetière
    Frais et calme
    Crains la levée du jour laiteux
    Ne pas quitter ta couche sacrée
    J’aimerais tant rester
    J’aimerais tant rester
    J’aimerais tant rester

     

     


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  • « En 1915, à Londres, paraissait le recueil Cathay du poète Ezra Loomis Pound, alors âgé de trente ans. Dans ce livre, il « traduit » librement — « réécrit », s’approprie — des poèmes collectés de la tradition littéraire chinoise. Parmi ceux-ci, le « Chant des archers de Shu » — une mélopée de la fin de la Dynastie Yin (1401-1121 acn) — raconte la souffrance d’archers en campagne. Pour ces hommes loin de leur terre et de leurs proches, soumis à la soif, à la faim, l’espoir d’un retour au domicile est lui-même source de peine. Les mois s’égrènent, la campagne se termine, les archers rentrent chez eux. Persiste la souffrance de n’être, malgré tout, plus chez soi, d’avoir perdu tout sentiment d’appartenance à un territoire, quel qu’il fut. « Souviens-toi que le poète est, par essence, un déplacé », voici la dernière phrase de ma première rencontre avec Werner Lambersy, c’était en décembre 1991. (…)
    Que reste-t-il des archers de Shu ? Un poème : souvenez-vous du chant, non de ce qu’il racontait. Tous ont désormais disparu. Werner Lambersy s’est assis, pas vraiment parce que sa force l’a quitté, non… ce ne sont que les jambes… l’équilibre aussi, l’oreille interne… d’emmerdantes broutilles. Double lucidité du poète qui s’observe vieillissant tout en constatant que, le moment venu, le poème, se passant de lui, conservera force et vigueur… Parce qu’il y a le reste, oui ! Tout le reste qui se passe de qui le traverse ! Et après ? Il en est du poème comme de l’univers : persiste encore cet inimaginable reste qu’un texte éclaire brièvement, subrepticement mais sans contestation possible… ce moment grave et flamboyant où le poète devient poème... »

    (Extrait de la postface de Otto Ganz)

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