• le bouche à oreille...

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    Texte de bruno toméra                        Gilles Barbier ‘’L’Ivrogne’’   photo jlmi 2006 

     

     

     

    Terre, cette tête de larmes bleues

    qui chuchotent ses plaintes.

    Ces corps recroquevillés du petit matin délavés par les brumes glacées

    et qui rassemblent dans des rêves ankylosés empêtrés de non sens les quignons rassis émiettés dans le café refroidi de l’existence.

    On devait être des millions à cette heure à se perdre dans le paradis conformiste

    à s’inventer une vie déjà bien frelatée à coups de vagues projets trafiqués

    par les gueules de bois et quelques sauteries fantasmées.  

    Trimballer son corps entre deux ivresses et deux lysanxia

    entre le chant des mitrailleuses et le chant du cygne

    entre les barbouzes médiatiques et leurs sentences libérales.

    La nécessaire maquerelle Misère fardée de la bonne conscience de la dignité,

    les gagne-pains se vident, il y a que dalle sur l’étal des boutiques du prêt à penser,

    les perroquets savants adjurent d’une adaptation à la survie dans une allégorie du néant, avec dignité.

    J’ai balancé la radio par la fenêtre

    j’avais pris du bide dans les pantagruéliques relais de la frustration,

    c’était plus moi dans le miroir, c’était rien

    Rien qu’un mp3 enrhumé d’un adagio de Barber

    Rien que le temps passant et plus l’envie de le retenir

    Rien que l’image floue d’une perception fossilisée

    Rien que cette terrible supposition que le tour du cauchemar n’est qu’entamé

    et qu’il n’y aurait jamais d’arrivée

    Rien que soi en somme.

    Il restait pourtant de belles choses à accomplir ( sic )

    Se cramer les doigts sur un bout de cigarette

    Essuyer le pipi du chien

    Sourire benoitement du fébrile tremblement des jonquilles

    Décompter les points retraite

    Mater le tapin des étoiles

    Déshabiller jusqu’à l’os ce charmant conte que l’on nomme la vie.

     

     


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    l'oeil & la plume... mais c’était avant qu'Simone…

     

    J’tais môme encore.

    J’habitais dans le Marais,

    un vieil immeuble bâtit sous Louis XIII.

    L’hôtel de Fieubet, hôtel particulier en somme, mais à l’époque.

    Plan carré, grande cour intérieure, grand escalier avec anneaux pour attacher les chevaux au premier étage, des escaliers de service à chaque angle, toutes les pièces en enfilade…

    Depuis… passé dans de nombreuses mains,

    il était devenu propriété de la paroisse.

     

    Au rez-de-chaussée,

    de grandes salles qui abritaient les activités d’un patronages pour garçons et le caté,

    animés par l’abbé J.

    Il avait eu l’idée d’installer dans une des salles la première télé que nous ayons pu voir, pour meubler les fins d’après-midi de jeudi et de dimanche : Zorro non colorisé, Rintintin…des rêves à la pelle

    Par sa volonté la cour de Fieubet était devenue terrain de basket après l’abattage du grand arbre central… 

     

    Habitaient là

    des prêtres,(dont lui bien sûr)

    des enseignants cathos des écoles libres voisines

    des gens à la peine aux lendemains de guerre,

    aidés par la paroisse ;

    ma mère en était…

    [ un transfert depuis sa loge de la rue Saint Paul

    trop petite avec mon arrivée dans la course ]

     

    et deux artisans, une grande partie du premier étage leur était louée

    un réparateur de hauts parleurs – monsieur Wagner, un obèse avec une 4cv… -

    et un ébéniste – monsieur Jean ! austère, toujours.

    Mouron, son nom de famille. Il devait s’en faire sans doute !

     [hummm ! l’odeur de la colle d’os dans l’escalier…

    bon sang, une merveille

    juste avant d’aborder le troisième

    et la succulence des odeurs de cuisine de ma mère ]

     

    Pour  entretenir l’immeuble, sortir les poubelles,  une concierge.

    Et c’est là – seulement – que l’histoire commence.

    Désolé.

    Mais fallait un peu planter le décor. Enfin je crois !

    La concierge c’était le nom générique pour désigner la famille qui habitait la Loge.

    Deux pièces vraies et des « placards ». Le minimum vitale.

    La pièce sur la rue, très haute de plafond avec grande fenêtre était la salle à manger

    et la pièce sur la cour – un mètre quatre-vingt sous plafond avec lucarne - était la chambre à coucher. Ils s’y entassaient à cinq.

    Le père, France la mère – alouette venue se faire plumer à Paris - et leurs trois mouflets. Faut dire que l’père, Francis,

    grand, gros, con,

    - c’est sans lien mais c’est factuel -

    le QI d’un pois chiche

    et la boutanche !

    A mort sur la boutanche.

    Tous les jours torché,

    il rentrait en poussant son vieux vélo vert.

    Il aurait pas pu tenir dessus, ça, non.

    Et la sarabande commençait : cris, claques, hurlements, pleurs, suppliques, tout.

    Y’avait bien des interventions extérieures pour tenter de calmer l’jeu, mais

    y’a que quand il s’écroulait sur son grabat que le calme revenait.

    Elle, on la voyait souvent avec des couleurs bizarres sur la peau, c’est sûr.

    Mais elle riait avec nous les mômes de la cour, même quand on était chiant avec nos ballons d’basket… Grand Courlis elle m’appelait ? Ça me plaisait bien

    Et puis un jour,

    entre son dernier bistrot et la loge,

    il s’est cassé la gueule dans l’caniveau l’Francis,

    il avait voulu rentrer sur son vélo… et il s’est pas relevé…

    Un soulagement comme qui dirait, faut être honnête.

    Alors la France il a bien fallu qu’elle se bagarre

    rapport à son salaire de femme de service à l’école laïque

    et ses trois chiards…

    un sacré bout de temps, la bagarre.

    Chapeau.

    Alors  la paroisse lui a proposée dans l’immeuble

    la moitié de l’appart’ d’un abbé qui venait d’être muté curé en banlieue,

    mais ça grâce à son remplaçant, un ancien prêtre ouvrier réemparoissé d'autorité,

    qui ne voulait pas une aussi grande carrée pour lui tout seul.

    Alors ils avaient fait moit-moit, il n’y avait eu qu’une porte à verrouiller

    Au deuxième étage donc, dans le même escalier que nous…

    La vie d’château comme qui dirait pour elle.

    Et ses mômes avaient grandi.

    L’aîné branlait rien, un peu dealer, un peu voyou… un soir un surdosage et hop !

    La seconde est tombée sur un maq’, donc trottoir et au r’voir !

    La dernière ça a été mieux. Elle avait tiré un bon mec, normal quoi… une vie pas facile mais bon.

    Du coup la France qui portait quasi les quarante balais

     elle s’est mise en ménage

     – ce terme à l’époque… tout un plein baquet de préjugés -

    et des préjugés, y’en a eu d’autres, 

    pensez, son mec, Jean-Turenne,  il était black !!!

    et à l’époque les couples mixtes c’était l’exception pour dire,

    toujours dénoncée du doigt…

    [ les dames patronnesses du boulevard haussmannien voisin

     – ma frangine les appelait les ‘’défenses-d’aimer’’ -

    toutes pleines bouches de leur charité chrétienne

    et bien elles fulminaient, pensez ,

    «  Quel exemple pour les enfants du catéchisme ! » ]

     

    Sympa l’Jean-Turenne, gentil avec elle et tout et tout.

    L’anti-Francis quoi.

    Il bossait. Egoutier à la ville de Paris qu’il était,

    à la base de la rue Neuve saint Pierre,

    juste devant l’école où elle travaillait…

    y’a pas de hasard !

    Et puis la nature étant ce qu’elle est…

    pouff enceinte la France.

    Là, c’était trop sans doute…

    Un matin, les pompiers l’ont emmenée toute raide, brûlante de fièvre, à l’hosto.

    Elle est morte là-bas deux jours après.

     

    Tétanos

     

    Mais c’était avant qu’Simone… 

     

     

     


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