• l'oeil & la plume... la belle endormie

    texte et collage de navastan

     

     

    Hier après-midi en plein Paris

    Alors que tout le monde s’adonnait à la sieste

    Un vol incroyable a été commis à Notre-Dame

    Par plusieurs individus

    Qui ont dérobé dans la grande nef

    La statue de la Belle Endormie

    Ces individus étant des mariniers chevronnés

    D’après les premiers éléments de l’enquête

    Ont transporté le corps dénudé de ce chef d’œuvre antique

    Sur une péniche arrimée au quai Saint Michel

     

    Plusieurs passants témoins de la scène

    Ont tenté en vain de stopper l’étrange convoi maritime

    Qui remontait la Seine

     

    Le célèbre critique d’art Maret de La Tage

    Joint par téléphone

    Nous a précisé que cette statue haute de cinq mètres

    Et pesant plusieurs tonnes

    Sera difficile à écouler sur le marché

     


    votre commentaire
  • l'oeil & la plume...  super 8

    texte de pénélope corps                                                            ill. jlmi  2019

     
     


    on dirait que la chambre d' hôtel sentirait un peu la pisse
     mais que l'aurore serait quand même sublime

    on dirait qu'on échapperait à l'industrie
     qu'on baiserait les zones de contrôle

    on dirait qu' y aurait du sable dans les chips
     et qu'on se torcherait la gueule et la bouteille avec l'orage

    on dirait que je collerais mon utérus contre la terre
     et que tu trouverais ça marrant

    on dirait qu'on serait très bons en paysages fabuleux
     et que je n'aurais plus ma tronche de cage ambulante

    on dirait qu'on se maltraiterait pas trop
     qu'on écrirait des poèmes sans le savoir
     qu'on vivrait un moment privilégié avec les oiseaux
     dans le silence génial des steppes
     qui n'en sont pas
     je sais

    on dirait que les choses seraient aussi simples que ça
     que j'aurais une place dans ma famille
     et que tu ne penserais pas trop à mourir dans ces moments-là

    on dirait ça

     


    1 commentaire
  • l'oeil & la plume... tout ce bleuB

    texte de denise desautels                                          Azul II  joan miro  1961    

     

    Gauches, la main et la marge, toujours étonnamment gauche, l’espoir, parmi les vérités du jour, quand le désir se rapproche de la toile : voir, imaginer, mordre, aimer, mourir. Or, tu les entends qui remuent, ces vérités offertes, désarmées par les effets du désir, vents larges et profonds entre ciel et œil, dans cette chambre sans mur où se croisent de lents visages. Tu les observes comme un avant, comme un après, confondus en une seule mémoire future que tu inventes, qui dépayse et allège toute fin.


    De temps en temps, la réalité se déplie devant toi, va n’importe où, dans toutes les directions, jusqu’au bout des gris et des rouges appuyés les uns contre les autres, petites nostalgies de la langue, en carrés, en rectangles, qui tournoient, portées par un souffle dont l’ocre, à l’improviste, rapproche la terre et les anges ; dissonante, la réalité, jusqu’à la périphérie de la confidence ou du vide pendant que la nuit monte très haut. Il faudra sans doute que, patiemment, tu continues à regarder «passer le ciel».


    «On a parfois des images», dis-tu, et on les plante dans un coin du jardin, on rêve d’arbres et d’heures immédiatement accessibles, sans souffrance, imperméables au souvenir, on joue et, c’est la surprise, on les entend qui poussent, nuit après nuit. Frivoles, les arbres et les heures, «quelque temps plus tard», au loin, toujours plus à gauche, mêlés à des récits de voyages où les vocables, dans l’attente d’une joie, s’emportent, récitent autrement colère et consolation, absence et désir, ruse et lumière.


    Soudain un appel, un sursaut, une réponse, et la transcription de leurs échos multiples fait tache à l’endos des cartes postales. Tu le sais, c’est chaque fois le même stratagème : les cris du monde survolent l’océan avant de t’atteindre, assise ou debout parmi des flots de pigments, tes doigts agrippés à la tasse de café, tes yeux soutenant l’insolence des mots, tes yeux plus avides qu’hier devant cette avalanche de vie. «Moi aussi de loin», t’ai-je répondu, j’essaie de freiner l’accélération du désordre.


    Comme toi, je le cherche, ce «bleu rangé quelque part», égaré entre deux ou trois événements d’hier et l’indomptable aujourd’hui, oui, je le cherche dans l’oblique du tableau où, avec le temps, il se sera forcément mêlé aux mille et une inquiétudes en attente au fond de ton œil, en attente dans l’oblique du paysage. De plus en plus indigo, de plus en plus nuit, le bleu, avant qu’il s’ouvre tout grand, et coule au-delà des coins et des bords, bien au-delà des paupières. Comme une mer de novembre.


    J’écris comme tu dis que tu peins, en répétant, en bafouillant, avec cette main gauche qui s’obstine à raconter des bribes d’histoires venues de loin, de très loin, longtemps clandestines, enfouies sous tant de rumeurs, de renoncements ; avec cette main qui marque et rature toute surface polie ; avec cette main qui vrille la terre, villes et cimetières, jusqu’à ce qu’une hirondelle en jaillisse. Car ce qu’il y a de secret et de mouvant au creux de cette paume gauche s’appelle encore l’espoir.

     

     


    votre commentaire
  •  


    votre commentaire
  • l'oeil & la plume...  la terre promise

    texte de harry r. wilkens                                            photox  côtes lybiennes

     

     

     

    Personnes minces, à la peau brune,

    accrochées à

    des avions, des navires

    comme du beurre de cacahuète

    à un sandwich

    ou des vers

    à un cadavre,

    en route pour

    le pays du bon dieu,

    la patrie de

    la Liberté & de la Démocratie,

    melting-pot

    de gros noirs

    de gros blancs

    de bouffeurs de merde,

    de drogués et

    de tueurs en série,

    aux dents blanches,

    aux idées saines

    et aux amours sexuellement correctes.

     

    traduction de Philippe Caquant

     


    votre commentaire